Le Pacte des Naufrageurs

Prenez la mer et venez partager l'une de nos aventures barbaresques, dans le tonnerre et la fureur
 
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 Les lois de l'anarchie

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Eylijah Drake
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Date d'inscription : 09/07/2017
Localisation : Baie-du-Butin

MessageSujet: Les lois de l'anarchie   Mar 18 Juil - 17:41

I. "Chéris le silence."






Le soleil couchant filtrait opiniâtrement à travers les persiennes de la chambre, perçant les relents de rhum et de luxure, martelant d’or liquide les deux corps trempés de sueur qui cherchaient à reprendre leur respiration après un énième assaut effréné.

Pendant de longues minutes, on n’entendit que le silence attentif de la petite pièce qui semblait savourer le calme après la tempête, tandis qu’au dehors, la Baie sortait de la torpeur abrutissante d’une après-midi trop chaude. Dockers et contre-maîtres se hurlaient dessus, forbans et catins négociaient, négociants et pirates se livraient au plus offrant… Le port reprenait vie.

« Tu pars demain, alors ? C’est sûr ? » La jeune métisse colla ses seins lourds sur le flanc du pirate, laissant courir le bout de ses doigts sur son large torse.

« D’où tu tiens ça ? », lança l’homme d’un ton méfiant. Les doigts sur son torse cherchèrent une prise à pincer en guise de punition.

« - Tout le bordel ne parle que d’ça, mon cœur ! Ce n’est un secret pour personne !

- Ces crétins parlent trop… Et tes putes devraient fermer leurs mouilles, elles aussi…

- N’empêche… Les gens du quartier n’ont qu’ça à la bouche : la nouvelle et mystérieuse course d’Eylijah et du Pandore…

- C’est Vane, le capitaine, t’as oublié ?

- Mais c’est toi que les hommes suivent, non ? ». L’homme hausse les épaules.

« - Quelle différence ça fait, si moi je suis les ordres du capitaine ? », argua-t-il comme pour se convaincre lui-même. La jeune femme lui adressa une légère moue entendue et lui sourit.

« - Tout le monde le trouve trop froid, ton chef. C’est tout juste s’il daigne s’adresser à son équipage, à c’qu’on raconte… Puis, on n’le voit jamais ici ! »  Le forban éclata d’un rire franc.

« - Et c’est bien c’qui t’dépeigne le plus, hein ?, lança-t-il avec une tape railleuse sur le fessier rond et ferme de la jeune femme.

- N’empêche, je me demande ce qu’il a bien pu t’faire pour que tu lui sois aussi fidèle qu’un… petit chien, murmura-t-elle en posant un baiser sur le ventre du pirate.

- ‘tention d’pas aller trop loin, Mel…, avertit l’homme en attrapant ses cheveux sèchement.

- Je m’en garderais bien… ». La jeune femme descendit lentement et ne put réprimer un petit cri de surprise quand elle constata que son amant avait déjà retrouvé toute sa vigueur.

« - Mais … tu m’as prise pendant des heures, et je viens à peine de te toucher…

- T’occupe…, éluda-t-il tout en guidant les lèvres de la métisse vers le bas de son ventre. Y s’trouve que Vance et moi, c’est à la vie à la mort. On s’connait… depuis bien trop longtemps pour qu’ce soit autrement, ajouta-t-il dans un grognement. Quand deux hommes tombent ensemble dans la piraterie… Y a plus rien qui puisse les séparer… »

Mélina dégagea sa chevelure de jais de l’emprise du pirate pour l’enfourcher en lui jetant un regard de défi.

« - Quand tu m’paies pas, c’est moi qui suis à la barre, Matelot…

- Qui t’as dit que j’te paierai pas, cette fois ?

- Tu m’paieras à ton retour, soupira-t-elle doucement en se positionnant sur lui. On dit que votre cargaison vaudra plus cher que de l’or.

- On dit beaucoup de choses, souffla le pirate en agrippant sa compagne. »

La jeune femme s’immobilisa et le fixa en fronçant les sourcils.

« - J’n’arrive pas à croire que tu te méfies de moi à ce point ! Je couche avec le second de l’équipage et les autres filles en savent encore plus que moi, protesta-t-elle.

- Crois-moi, c’parce que j’t’aime bien qu’j’t’en dis pas plus, répondit l’homme dans un sourire. »

La jeune femme jeta un regard blasé à Eylijah.

« - Bien sûr, siffla-t-elle, faisant mine de se retirer. » Il la retint, la serrant contre lui.

« - Tout ce que t’as à savoir, c’est que les cristaux qu’on va chercher rendent les gens plus dingues qu’les pierres précieuses.

- Alors, permettez-moi d’investir un peu sur cette marchandise, Monsieur Drake, souffla-t-elle, en se penchant pour l’embrasser goulûment.

***
La nuit était tombée depuis bien longtemps et la lune elle-même avait disparu, avalée par les flots du port. Même les derniers ivrognes avaient eu leur compte et les plus résistants cuvaient leur rhum en marmonnant aux rats qui couraient sur les quais.

Eylijah était étendu en travers du lit, vaincu, plongé dans un sommeil sans rêve. Comment aurait-il pu voir la silhouette qui se faufila de la couche vers ses vêtements, saisissant ses braies avec dextérité ? L’ombre extirpa comme un morceau de parchemin de ses poches pour le porter à la lumière sourde d’une sorte de cristal, l’examina et la replongea prestement dans le pantalon, avant de revenir se coucher prêt du pirate. La scène n’avait duré qu’un instant. Un clin d’œil. Le battement d’ailes d’un papillon…


Dernière édition par Eylijah Drake le Mar 12 Déc - 12:54, édité 6 fois
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Eylijah Drake
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MessageSujet: Re: Les lois de l'anarchie   Ven 4 Aoû - 16:20


Musique


II. « Souviens-toi des morts »

La moitié du monde s’était envolée, et l’autre s’était embrasée. La fureur était partout. L’acier qui crisse. Le goût du sang. Le craquement du bois qui éclate. Puis le choc, brutal, avec l’eau.

Fureur. Acier. Sang.

Le sien.


***

Un peu plus tôt...

« - C’est trop facile, grogna le capitaine en rengainant son sabre.

- Qu’est-ce qui t’chiffonne, Vane ? On les a tous massacrés… Les cristaux sont à nous et on va s’faire des rognons en or ! rétorqua Eylijah avant d’être interrompu par l’arrivée d’un de leurs hommes.

- M’sieur Drake ! Euh…. Cap’taine Vane… hésita celui-ci  , ne sachant pas vraiment auquel des deux pirates s’adresser. C’est rapport au chargement… Les hommes voudraient savoir si on commence à transborder sur le Pandore ? »

Eylijah tourna la tête vers le capitaine Vane, visiblement trop occupé à examiner un des nombreux cadavres qui jonchaient le pont du transporteur pour daigner répondre au matelot. Il réprima un soupire et lança un signe de tête à l’homme pour lui indiquer de commencer le travail.

« Et grouillez-vous ! S’agit d’lever l’ancre avant qu’cte putain d’brume s’transforme en purée. »
Le voile d’humidité qui recouvrait la Grève de Brumejonc, au nord des Marais du Chagrin, leur avait certes été utile pour surprendre leurs victimes. Les soldats de l’Alliance chargés de surveiller la cargaison secrète de cristaux de mana qui attendait bien gentiment à bord du transporteur n’avaient absolument rien vu venir, mais Eylijah n’avait aucune envie que cette poix tourne à leur désavantage s’ils restaient là trop longtemps.

« - Tu d’vrais leur parler, des fois… Tu sais qu’ c’t’important pour leur moral et tout… reprit-il avant que le Capitaine lui intime le silence en levant un doigt.

- Vise-moi ça, Eyli, murmura Vane en montrant le corps qui gisait à ses pieds. »

Eylijah s’en approcha, les sourcils froncés, se demandant ce que le vieux pirate pouvait bien avoir encore en tête.

« - J’suis censé voir quoi ? marmonna-t-il. C’juste des maccab…

- Leurs mains, putain… Z’ont les doigts noirs de terre. D’puis quand les soldats de Hurlevent font du jardinage ?

- Ben… si c’est pas des soldats… C’quoi ?
- J'sais pas, mais ça pue, éructa Vane alors qu'ils remontaient à bord du Pandore."

Drake n’y comprenait rien… C’est vrai que les bougres s’étaient battus avec l’entrain d’un banc de moules asphyxiées, mais ils portaient la livrée de Hurlevent, ça suffisait, non ? Il n’eut pas le temps de pousser ses réflexions plus avant.

« - M’sieur Drake ! Y a que’que chose qui bouge, à bâbord, interrompit la vigie. » Les deux hommes se précipitèrent au bastingage, plissant les yeux comme s’ils pouvaient percer la brume en aiguisant leurs regards. Un mouvement, à quelques encâblures, à peine. Une forme vague. Une voile, peut-être. Alors la brume vomit lentement un gigantesque trois-mâts. Puis deux autres, en retrait, de chaque côté. Des navires de guerre. Chacun d’eux semblait poussé par une brise fantôme, tous sabords béants comme les yeux de quelque insecte répugnant, ouverts sur leur destin.

Les deux bâtiments à l’arrière arboraient les pavillons or et azur de Hurlevent. Mais sur le vaisseau de tête, seules claquaient au vent des voiles gris foncé. Des voiles que les deux hommes ne connaissaient que trop bien.

« - Les gars du 2e doigt… ‘sont pas ici par hasard, cracha le Capitaine.

- Qui a bien pu… ». Les deux pirates se jaugèrent, l’espace d’un instant cherchant à lire la trahison dans les yeux de l’autre. Non. Si trahison il y avait, elle ne venait pas d’eux. Mais qui, alors ?

« Branle-bas d’combat ! Tout le monde à son poste, hurla Drake. Canonniers, parez à tirer, deux rangs de mousquets sur bâbord ! Secouez-vous l’cul ! »

L’ordre eut à peine le temps d’être prononcé que tout un pan du bastingage à un demi-mètre de lui volait en éclat dans un tonnerre de fin du monde. Une pluie de fer s’abattit sur eux, perçant la coque, brisant les mats, arrachant entrailles et membres.

« - Z’ont mis leurs canons en proue, les bâtards, grinça le Capitaine. Tous aux abris ! On attend qu’ça passe !

- Monsieur ! Y s’dirigent droit sur nous ! Y vont nous percut…. » La deuxième salve ne laissa pas le temps au matelot derrière eux de finir sa phrase et lui arracha la moitié du crâne. »

Eylijah se replia vers le centre du pont, trouvant abris derrière le grand mât pour attendre la fin de la décharge meurtrière quand le vaisseau de tête éperonna le flanc du Pandore dans un terrible fracas. Drake grimaça sous l’impact, comme s’il s’agissait de sa propre chair. Il dégaina ses deux pistolets, expira un grand coup pour se donner du courage et bondit de derrière le mât, explosant la tête du premier assaillant venu, touchant un autre au genou. Il écarquilla les yeux. Une véritable nuée d’assaillants se pressait sur le bastingage du Pandore… Et parmi eux émergea lentement une silhouette dont il connaissait bien la démarche claudicante. L’homme entièrement vêtu de noir le reconnut, lui aussi et lui adressa un long regard dépourvu d’émotions alors qu’il tirait au clair ses deux longs coutelas.

« - Porter, hurla le Capitaine dans la direction de l’assaillant ». Le temps sembla s’arrêter alors que les deux hommes se dévisageaient l’un l’autre.

« - Tu pouvais pas juste nous oublier, hein ? ‘tait trop dur pour ta sale petite gueule !? Qu’est-ce que vous y gagnez, bande de rats ?

- Tuez-les tous, asséna l’homme au regard vide. »

Et le temps reprit son cours. Impitoyable. Eylijah dégaina ses sabres et entama une danse mortelle, faisant pleuvoir l’acier de tous côtés, tranchant les membres et perçant les chairs. Un regard de côté et il aperçut Vane se traînant sur le pont de navire, une longue dague dans le dos, à l'agonie. Drake poussa un cri. Et ne vit pas arriver le coup de sabre qui venait pour lui. La lame le cueillit au visage, creusant une large balafre, emportant son œil gauche..

La moitié du monde s’était envolée, et l’autre s’était embrasée. La fureur était partout. L’acier qui crisse. Le goût du sang. Le craquement du bois qui éclate. Puis le choc, brutal, avec l’eau.
Fureur. Acier. Sang.

L’eau couvrait les clameurs de la bataille, à la surface, à mesure qu’il sombrait, une large traînée de sang courant dans son sillage.


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