Le Pacte des Naufrageurs

Prenez la mer et venez partager l'une de nos aventures barbaresques, dans le tonnerre et la fureur
 
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 Fissure ou brèche.

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MessageSujet: Fissure ou brèche.   Jeu 20 Juil - 12:34



Tout avait commencé Lundi 17.


En fin d’après midi, la capitale des terres de l’Est était écrasée de chaleur et tous les habitants semblaient avoir fui au plus profond des caves et des grottes alentour.

C’était l’heure de l’apéro, la ville était déserte, ou quasiment, et Allysone attendait Gino qui n’arrivait pas.

Elle essayait de patienter en jouant avec une cordelette qu’elle nouait, dénouait, renouait à l’envi, juste histoire de garder la main, mais l’attente se faisait longue et il y avait un boulot à faire.


Elle avait donc décidé d’y aller seule, pestant mollement contre l’absent, et elle s’en était pas trop mal sortie, ayant réussi à glaner quelques renseignements sur la maison close qui venait tout juste d’être fermée par les autorités.



D’avoir agi seule, comme toujours, mais d’en avoir ressenti un vague picotement agaçant au creux de la nuque l’avait étonnée.

Elle avait toujours pensé que la solitude choisie n’était pas une alternative, plutôt une fin en soi et un moyen de survie, probablement le seul. Pourquoi diable tout à coup avoir imaginé le contraire.



Quoi qu’il en soit, grand bien lui en avait pris car Gino cuvait dans son lit et n’était réapparu que tard dans la soirée.

Le voir finalement arriver alors qu’elle ne l’attendait plus, et s’en trouver contente, l’avait de nouveau sincèrement étonnée.

Depuis qu’elle l’avait “recruté” elle avait bien essayé de le capter mais ce gars là était une énigme et elle pensait devoir s’en désintéresser. Elle avait promis au Capitaine de recruter, elle l’avait fait, son boulot s’arrêtait là, surtout si le gars en question lui posait des lapins.



Ils avaient déambulé dans la ville quasi déserte toute la soirée, cherchant à créer des contacts, puis s’était finalement posés sur un muret au dessus du port pour papoter, lorsqu’était apparue celle qu’ils avaient tous deux nommée “la femme aux double-rideaux”, une femme que Gino avait alpaguée quelques jours avant et qui portait une robe onéreuse mais d’un goût des plus douteux.

Postée à une dizaine de mètres d’eux, sans raison autre que de les écouter, sans gêne, elle en était venue à les haranguer, sous prétexte qu’ils n’auraient pas dû avoir “ce genre de conversation” en public, à savoir quelques mots échangés sur le moyen de dévaliser “le mignon” repéré à la Baie.

Elle était peut-être de noble extraction, mais sous ses airs hautains elle avait le don de créer l’embrouille pour tromper l‘ennui.



Très vite l’ambiance s’était faite électrique.

Sous ses airs bourrus et placides, le gars Gino devait avoir le sang chaud car il s’était rapidement  levé vers la femme qui s’était approchée pour les sermonner, et, apparemment pour l’agacer ou la faire réagir, il s’était proposé de l’embrasser,  puisqu’elle “semblait en avoir envie mais était trop timide pour se déclarer”.

Menant le geste à la parole il l’avait alors prise par la taille, sans une once d’hésitation, et il l’aurait même certainement embrassée si le garde du corps de la femme n’était pas apparu.


Dès cet instant le sang d’Allysone n’avait fait qu’un tour, et sans qu’elle n'y puisse rien faire, de simple emmerdeuse, cette femme avait immédiatement endossé le statut de dangereuse ennemie. Ce qui, aux yeux d’Ally, n’avait absolument rien de compréhensible, et même de hautement improbable en l’état.

Cette femme-là n’était qu'une “pauv’conne de bourg’ qui v’nait s’encanailler au port pour tromper l’ennui”. Rien qui vaille même la peine de jeter un oeil dessus.


Pourtant, elle s’était fâchée, tout de suite, en silence, puis s’était mise à ronchonner sur le dos de  la femme, et enfin s’était mise à bouder, sans raison, contre sa propre volonté, alors que Gino, lui, tentait de reprendre le fil de la conversation là où ils l’avaient laissée avant l’apparition de la femme.

Assise de dos, mâchoires serrées, muette et tendue comme un chat prêt à attaquer pour défendre son territoire,  elle n’avait réussi à se calmer qu’au prix d’un effort intense.

Le gars Gino, quant à lui, simplement assis à côté d’elle, n’avait pas réagi à l’absence de réponse, et dans une placidité toute retrouvée se contentait de dévisager les passants.



Elle devait se calmer, ce n’était pas elle, il ne s’était rien passé là qui puisse avoir pour conséquence de lui faire perdre ses moyens.

“J’pige pas… pourquoi elle m’a autant énervée … j’pige vraiment pas”.

C'est à cet instant précis qu'en elle apparut une fissure.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Jeu 20 Juil - 12:35

Ally' a écrit:


Tout avait commencé Lundi 17.


En fin d’après midi, la capitale des terres de l’Est était écrasée de chaleur et tous les habitants semblaient avoir fui au plus profond des caves et des grottes alentour.

C’était l’heure de l’apéro, la ville était déserte, ou quasiment, et Allysone attendait Gino qui n’arrivait pas.

Elle essayait de patienter en jouant avec une cordelette qu’elle nouait, dénouait, renouait à l’envi, juste histoire de garder la main, mais l’attente se faisait longue et il y avait un boulot à faire.


Elle avait donc décidé d’y aller seule, pestant mollement contre l’absent, et elle s’en était pas trop mal sortie, ayant réussi à glaner quelques renseignements sur la maison close qui venait tout juste d’être fermée par les autorités.



D’avoir agi seule, comme toujours, mais d’en avoir ressenti un vague picotement agaçant au creux de la nuque l’avait étonnée.

Elle avait toujours pensé que la solitude choisie n’était pas une alternative, plutôt une fin en soi et un moyen de survie, probablement le seul. Pourquoi diable tout à coup avoir imaginé le contraire.



Quoi qu’il en soit, grand bien lui en avait pris car Gino cuvait dans son lit et n’était réapparu que tard dans la soirée.

Le voir finalement arriver alors qu’elle ne l’attendait plus, et s’en trouver contente, l’avait de nouveau sincèrement étonnée.

Depuis qu’elle l’avait “recruté” elle avait bien essayé de le capter mais ce gars là était une énigme et elle pensait devoir s’en désintéresser. Elle avait promis au Capitaine de recruter, elle l’avait fait, son boulot s’arrêtait là, surtout si le gars en question lui posait des lapins.



Ils avaient déambulé dans la ville quasi déserte toute la soirée, cherchant à créer des contacts, puis s’était finalement posés sur un muret au dessus du port pour papoter, lorsqu’était apparue celle qu’ils avaient tous deux nommée “la femme aux double-rideaux”, une femme que Gino avait alpaguée quelques jours avant et qui portait une robe onéreuse mais d’un goût des plus douteux.

Postée à une dizaine de mètres d’eux, sans raison autre que de les écouter, sans gêne, elle en était venue à les haranguer, sous prétexte qu’ils n’auraient pas dû avoir “ce genre de conversation” en public, à savoir quelques mots échangés sur le moyen de dévaliser “le mignon” repéré à la Baie.

Elle était peut-être de noble extraction, mais sous ses airs hautains elle avait le don de créer l’embrouille pour tromper l‘ennui.



Très vite l’ambiance s’était faite électrique.

Sous ses airs bourrus et placides, le gars Gino devait avoir le sang chaud car il s’était rapidement  levé vers la femme qui s’était approchée pour les sermonner, et, apparemment pour l’agacer ou la faire réagir, il s’était proposé de l’embrasser,  puisqu’elle “semblait en avoir envie mais était trop timide pour se déclarer”.

Menant le geste à la parole il l’avait alors prise par la taille, sans une once d’hésitation, et il l’aurait même certainement embrassée si le garde du corps de la femme n’était pas apparu.


Dès cet instant le sang d’Allysone n’avait fait qu’un tour, et sans qu’elle n'y puisse rien faire, de simple emmerdeuse, cette femme avait immédiatement endossé le statut de dangereuse ennemie. Ce qui, aux yeux d’Ally, n’avait absolument rien de compréhensible, et même de hautement improbable en l’état.

Cette femme-là n’était qu'une “pauv’conne de bourg’ qui v’nait s’encanailler au port pour tromper l’ennui”. Rien qui vaille même la peine de jeter un oeil dessus.


Pourtant, elle s’était fâchée, tout de suite, en silence, puis s’était mise à ronchonner sur le dos de  la femme, et enfin s’était mise à bouder, sans raison, contre sa propre volonté, alors que Gino, lui, tentait de reprendre le fil de la conversation là où ils l’avaient laissée avant l’apparition de la femme.

Assise de dos, mâchoires serrées, muette et tendue comme un chat prêt à attaquer pour défendre son territoire,  elle n’avait réussi à se calmer qu’au prix d’un effort intense.

Le gars Gino, quant à lui, simplement assis à côté d’elle, n’avait pas réagi à l’absence de réponse, et dans une placidité toute retrouvée se contentait de dévisager les passants.



Elle devait se calmer, ce n’était pas elle, il ne s’était rien passé là qui puisse avoir pour conséquence de lui faire perdre ses moyens.

“J’pige pas… pourquoi elle m’a autant énervée … j’pige vraiment pas”.

C'est à cet instant précis qu'en elle apparut une fissure.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Ven 21 Juil - 16:56

Ally' a écrit:


“J’ai envie d’toi”.

Dans la bouche de n’importe quelle femme autre que la soit-disant Allysone Portmann, cette petite phrase aurait pu être naturelle, sauvage ou tendre, ou peut-être même calculée, mais elle n’aurait probablement pas représenté un tel déchirement dans le cerveau de celle qui la proférait.

Si Ally’ l’avait émise, c’est qu’elle le devait, pour elle même.

Sans doute était-ce même, à cet instant précis, l’ultime tentative pour conserver un semblant de contrôle sur ce qui se passait en elle.

Ce n’était pas une simple invitation, ni même une information destinée à le chauffer encore plus, c’était une évidence telle que la fissure apparue quelques jours plus tôt venait de progresser en un éclair fulgurant, s’ouvrir un peu plus, un peu trop, un peu vite, déchirer le voile qui l’enveloppait depuis des années, venait en un mot de provoquer en elle un véritable ravissement, au sens littéral du terme.



Le voir torse nu, vibrant d’attente contenue, l’avait tout d’abord étourdie, sonnée.

Sentir son désir à elle, un désir d’homme qui viendrait la combler, un désir brut, sauvage, impératif qu’il l’avait remplie avant même qu’il la touche, l’avait alors fait passer dans un autre espace-temps, celui du Désir, simple, brut, viscéral, sans raisonnement, rien d’autre que la perception du moment présent.

Enfin l’attention qu’il lui avait portée, cette capacité rare de l’éveiller au plaisir, la faire frémir, l’emporter, l’inciter à s’abandonner, accueillir ce qu’elle pouvait offrir,  sans violence autre que l’intensité de son désir, tout cela l’avait emportée, loin d’elle, de la chambre, du monde, et en même temps tellement là, présente, à l’écoute de leurs sensations mélangées.

A partir de là, le ravissement avait opéré.

Et la véritable femme qui se trouvait dans les bras de Gino s’était enfin révélée. Pour lui, et lui seul. Petit bout de femme contrasté, mélange de rage de vivre et de repli morbide, de folie explosive et de contrôle méthodique, un mystère, parfois même pour elle même.

Ally’ l’insoumise avait baissé sa garde, cette nuit là. 



Au petit matin, elle n'avait aucune idée de la suite à donner à ce débordement des sens. Nul doute que tout dépendrait de l’attitude du ravisseur d’une nuit.

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Sam 22 Juil - 0:17

Ally' a écrit:


Il s'était endormi dans ses bras et elle n’avait rien trouvé de mieux à faire que de poser sa main sur sa tête, dans un geste tout à la fois tendre et possessif, une attitude qu’elle ne se connaissait pas et qui l’avait étonnée.

La nuit avait été peuplée de rêves un peu difficiles, pas vraiment des cauchemars, mais des réminiscences douloureuses d’une adolescente lointaine, mélangées aux répliques du plaisir intense de cette première nuit.

Au petit matin, elle s’était réveillée lovée contre lui, dans ses bras, son dos à elle collé sur son torse, et de se sentir ainsi prisonnière volontaire avait immédiatement réveillé son désir d’être sienne, et de l’avoir en elle, encore, et encore, le désir qu’il l’emmène, loin.

Elle s’était alors cambrée, d’abord involontairement, parcourue d’un frémissement qui se faisait appel, puis dans une ondulation lente et lascive, volontaire et tendre. Il n’avait pas été long à répondre à l’incitation, émergeant même peut-être d’un rêve pour la prendre, de dos et rapidement.

L’étreinte avait été brève mais terriblement intense. Ally’ avait agrippé son cou, se contorsionnant pour qu’il l’embrasse tout en la pénétrant, comme si elle avait voulu de nouveau disparaître, corps et âme, dans une nouvelle étreinte fusionnelle.

Lorsqu’elle sortit du lit, elle en avait oublié toute pudeur, et surtout ce secret qu’elle traînait avec elle.

La brune était rousse et il fallait la voir nue pour en prendre conscience.

Pourquoi une fille comme elle prenait-elle la peine de se teindre les cheveux, c’était absurde et surtout fort peu pratique. Elle même ne le savait plus trop bien, si ce n’est que son identité de brune avait marqué le début de sa nouvelle vie, plus de dix ans auparavant.

Parfois certaines pratiques deviennent habitudes, et les habitudes deviennent certitudes. On en oublie de se questionner sur leur bien-fondé.

C’est en prenant sa douche qu’elle l’avait constaté. L’avoir gardé toute la nuit dans sa chambre  l’avait irrémédiablement affaiblie, il aurait pu ne rien remarquer, en pleine nuit, peut-être douter, se questionner, comme les autres, mais sans certitude aucune.

Alors que là, il n’y avait plus aucun doute. Allysone Portmann n’était pas celle qu’elle disait être. Cette toison rousse n’était qu’un détail, mais qui restait étonnant, pouvait entraîner des questions.

Se recoiffant rapidement, d’un regard dans le miroir elle avait évalué le risque, s’était adressé un sourire amusé puis lancé un regard de défi. Il était peut-être temps de se laisser découvrir.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Lun 24 Juil - 16:00



Ally regardait le Troll qui venait de lancer sa hache en plein dans la hanche de Gino qui s’était s'écroulé dans un cri de douleur retenu et plaquait ses deux mains sur l'entaille ensanglantée.

Elle était en rage, prête à bondir dessus au prix de sa vie.
“P’tain… mais j’vais t’le dévisser moi c't'enculé.. “.

Elle se tourna vers Gino qu'elle couva du regard un instant, hésitant entre se précipiter vers le Troll ou accourir pour l’aider.

Du sol où il gisait dans une petite flaque de sang qui pissait de sa hanche, il marmonna, les dents serrées tout en la fixant.
“Ca va ... y a pire … mais gaffe à toi p'tite gueule ..”

Un simple échange de regards, à peine quelques mots échangés, mais tout était dit.

Elle comptait pour lui, et il comptait pour elle.

C’était plus qu’il n’en fallait pour l’emplir d’un sentiment qu’elle ne pensait plus connaître.

Elle se sentait prête à tout pour cet homme là et commençait à penser à lui comme au sien.

Elle avait envie de ce gars là pour être son homme, son mec, celui qu’elle voulait découvrir, et comprendre, et apprendre, et répéter et … aimer, oui, aimer.

Etrange, cette sensation, mais délicieuse.

L’opération s’était finalement bien déroulée, les jarres de Mojo emplissaient la cale de la Garce et le Capitaine avait remercié “son Bosco” qui en avait éprouvé un réel sentiment de fierté, mais finalement ce qui importait le plus ce soir là, c’était cette émotion qui l’emplissait.

Un peu plus tard, dans sa chambre où elle l’avait emmené pour le soigner, elle avait voulu marquer le coup à sa manière.

Les soins sur le flanc gauche  lui avaient demandé une concentration difficile.

Elle était partagée entre le désir qu’elle avait de lui depuis le début de la soirée et la crainte de mal faire. Il était sérieusement amoché et elle n’avait tout de même pas l’expérience d’un médecin, quand bien même ses années de vie en mer l’avaient amenée à se former pour ce genre de d’éventualité.

Une fois la plaie recousue, elle se servit un verre, le regardant récupérer.

Il avait douillé mais n’avait pas moufté, ou si peu, il n’en était que plus désirable.

Elle sentit remonter le désir et ne vida pas son verre.

“Comment tu t’sens ?”
Elle s’approcha et vint s’asseoir tout près de lui, la main droite posée sur le torse nu.


“Ca va..…”.
Il était manifestement sonné, de douleur et du choc opératoire, mais n’en voulait rien montrer.

“Mmh… un peu fatigué nan ?”.
Tout en le regardant dans les yeux, elle laissa sa main glisser doucement vers le bas ventre.


“Bah…. “.
Il souriait, la réponse à ses caresses n’avait pas traîné, le renflement se faisait visible et même proéminent.


“Pas tant qu’ça final’ment.. “
Avec un sourire coquin, elle glissa sa main dans le caleçon, sa prise se fit chaude et enveloppante.


“T’crois que… tu s’rais partant pour un p’tit câlin récupérateur ?”.
Sans le quitter des yeux, ni lâcher sa prise, elle se déplaça sur le lit, venant se placer plus près de l’objet de sa convoitise. Elle souriait toujours, son intention était claire, d’un rapide coup de la main gauche elle dégagea sa main droite et ce qu’elle contenait.

C’était sa manière à elle de lui montrer ce qu’elle ressentait, peut-être pas la plus romantique, ni la plus explicite, mais certainement la plus efficace.

Ce n’est que lorsqu’elle le sentit partir qu’elle grimpa sur lui, continuant son manège enveloppant.

Peut-être se serait-il contenté de la laisser faire jusqu’au bout, mais elle avait trop envie de se sentir à sa merci.

Après quelques vagues de plaisir qu’elle alla chercher au fond d’elle, cambrée sur lui, elle glissa finalement sous lui et le laissa lui montrer ce qu’un homme peut faire d’une femme lorsqu’il la veut toute entière.

Cette nuit là elle ne rêva pas, ou du moins elle ne s’en souvint pas au réveil.

Un sentiment nouveau l’emplissait et cela lui donnait une assurance nouvelle. Pas besoin de la nuit pour rêver d’une vie meilleure, elle se présentait là, simple et intense, il suffisait de se laisser être.

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Mar 25 Juil - 0:37

A peine quelques heures avant, le combat avait été plus rude que prévu au milieu du camp de trolls. Il avait bien dû se rendre à l'évidence, autant son attaque au marteau était fulgurante, autant celle à la lame était loin d'être maîtrisée. Il s'était pris un bon coup de tranchant de hache sur la hanche que son cuir avait modéré malgré tout, mais sa chair était bien entaillée et méritait bien quelques points. Il avait bien vu dans les yeux d'Allyson que ce sale coup avait l'air de lui faire mal à elle aussi … de mémoire de Gino, il se souvenait pas qu'une fille l'avait déjà regardé comme ça.

Elle était là, penchée, attentionnée, aux petits soins sur cette méchante plaie qu'elle s'efforçait de refermer. Lui, allongé et la mâchoire serrée pour affronter la douleur, il la regardait ou même .. la contemplait. Sacré caractère que cette petite gonzesse affichait là .. tout le long de l'expédition elle avait dupliqué les directives du Capitaine, sans fourcher, sans fausse manœuvre .. elle était bien à sa place et il en était surpris, tout en la regardant, il se disait que peut être il l'avait sous-estimée …

Mais ils avaient tous risqué leur peau là-bas, et à présent, comme si le fait d'y avoir réchappé amplifiait leur besoin de vivre en cet instant d'accalmie, lui aussi avait envie d'elle … plus que tout.
Reprenant une gorgée de rhum, il promena son regard sur sa silhouette, profitant qu'elle soit concentrée sur les soins pour l'observer en détail. Incontestablement elle lui plaisait, c'était l'évidence même d'un seul coup, sans trop s'en rendre compte un nouvel état d'âme avait pris possession de ses pensées et semblait dominer ses envies les plus secrètes. Il se revit d'un coup deux nuits en arrière, quand il lui avait rendu les honneurs au creux de son lit en pleine nuit, puis au petit matin de nouveau, à peine sortis du sommeil.

Quand sa main insolente se glissa dans son caleçon, il en était à se dire que ses gémissements de plaisir lui avaient bien ancré l'esprit, et qu'en faire l'écho à nouveau ne pouvait être que délices. Il sursauta à peine mais ne pouvait plus cacher ses intentions malhonnêtes qu'elle se plaisait à encourager d'une main précise... Il était à sa merci, tiraillé d'un côté par une douleur vive qui semblait lui déchirer un côté et de l'autre sous son emprise à elle qui l'emmenait gentiment flirter avec la douceur et l'intensité du plaisir grandissant, mais tout doucement …

Il la laissa s'exprimer sur son corps, ses seuls gestes se limitant à palper ses seins gonflés de désir qu'elle lui présentait en le chevauchant d'une danse torride et lente, délicieusement ondulée alors qu'elle le tenait bien serré au plus chaud de son être.. Les yeux mi-clos et le nez retroussé il échappa quelques petits grognements incontrôlés, le plaisir du moment prenant le dessus sur la douleur de son flanc, il glissa ses mains sur ses reins outrageusement cambrés et les caressa inlassablement, accompagnant son rythme langoureux.



“J’ai b’soin d’te sentir sur moi… tout ton poids sur moi…  m’sentir ta prisonnière… t’veux bien ?”.


Il ponctua sa demande d'un baiser brûlant, le ton de sa voix emplie de désir lui déferla un frisson sauvage qui sembla lui hérisser jusqu'au plus petit duvet de son système pileux. Sans le savoir, il venait encore une fois d'être touché en plein cœur, mais imbibé de rhum, de fatigue et d'émotions fortes, il mit ça sur le compte d'un vertige mal cerné. Il remonta un regard de coquin sur les yeux de la belle et sans se défaire de son emprise il bascula sur le côté opposé à sa blessure, prenant le dessus de tout son long ..

Il échappa un léger gémissement mêlé de douleur et de plaisir à la fois et vint à son tour lui prendre le visage à deux mains. Figé dans sa chaleur sans en bouger, il fixa son regard de longues secondes, comme pour se persuader lui-même qu'il ne rêvait pas puis vint investir sa bouche d'une langue lente mais décidée, indécente et joueuse ..

Quelques secondes plus tard, il engagea sa danse à lui, profonde et calée sur un rythme lent, régulier, prenant le temps de se délecter de l'ascension divine qu'ils entamaient ensemble, ses baisers mordeurs se répandant sur le bas de son visage, sa gorge … ses seins, attentif à tous ses soupirs, à ses ongles sur son dos, à son souffle perturbé ...imprimant tous ses 'ouiiii' salaces dans son  cerveau, associés à son odeur et ses parfums qui à eux seuls suffiraient sûrement à allumer vivement sa libido …

Il était dessus, elle était dessous … soi-disant qu'elle était prisonnière .. mais finalement, c'était lui qui était pris. Mais il s'en foutait. Prisonnier ou pas, avec elle il était bien.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Mer 26 Juil - 14:07



“Attention 'tite gueule ..Moi j'vais pas supporter qu'on vienne te sentir d'trop près tu vois ..  Dis ! T'es avec moi ? Hein ? Dis !”.

Sous le porche de la grande ville, entre le port et les jardins, il la tenait serrée d’une main sur le menton, l’empêchant de poser ses yeux ailleurs que dans les siens. Elle revenait de rencontrer l’armateur à qui elle avait demandé de passer voir le Capitaine Drake à la Baie. Il avait réagi au quart de seconde.

De se sentir prise ainsi, elle s’en trouve pantelante.
“ J'ai envie d'toi là…”


Il assura sa prise, ne semblant apparemment pas sensible à son désir. Il insista d’une voix sourde.
“… S'tu réponds pas .. on va pas s'mettr' d'accord ..”.

Elle cligna des yeux, légèrement désemparée par l’intensité du moment, partagée de nouveau lorsqu’elle était face à lui,  entre une sorte de crainte sourde et un désir violent, l’un étant apparemment le corollaire de l’autre.
“Ben oui j'suis avec toi...  J'suis à toi Gino... rien qu'à toi...Y'a rien d'aut' qui compte... personne.. rien…”.

Il esquissa un sourire de victoire et sembla conclure la conversation d’un baiser à l’arrache, sauvage, brusque qu’elle encaissa en chancelant, sonnée, vulnérable.

Il la tenait toujours serrée.
“T'sais ?!  Un gars, quand il trouve un trésor tout seul, y a pas moyen d'le partager pour tous les profiteurs qui rappliquent derrière. Et j'laisserai personne m'le chourrer …”.

Elle ne comprenait pas.
“Euh...  hein ? Mais j'suis pas chourable.. si j'veux pas..”.

Il la maintint sur place d’un simple regard brûlant.
“J'te préviens juste .. p'tite gueule ...mais si tu veux t'barrer, tu m'le dis clairement. En attendant qu'tu l'dises, ouais t'es à moi. Et moi j'ai pas la place pour deux. Juste toi, ça m'va bien .. mais tout”.

Sur le moment, elle eut un éclair de lucidité, fugace, qu’elle oublia dans la seconde mais dont elle se souvint bien plus tard.
“Ca m'plaît, tu sais. Je... oui, ça m’plaît, même drôl’ment. J'aurais pas cru mais.... oui”.



Comment avoir vécu ce qu’elle avait vécu et désirer vivre cet abandon total de soi-même à un autre. Qu’est ce qui faisait qu’une femme, comme elle, ou comme d’autres femmes, puisse à ce point désirer abandonner sa volonté au profit d’un homme, par simple désir.

Face à lui, elle n’avait aucune crainte, absolument aucune. Elle le savait, elle pouvait s’abandonner, il ne lui ferait aucun mal.

Même brusque, même sauvage, même taciturne, même agité, même emporté, même rageur, même fermé, même fou, jamais il ne la blesserait intimement, même un peu.

Tout cela était un jeu. Un jeu dangereux, qui emportait tout sur son passage, pouvait même tuer intérieurement, mais un jeu, celui du Désir et de la passion.

On pouvait bien avoir souffert, dans son âme et dans son corps, de la folie des êtres, il n’en restait pas moins que tout au fond de soi, parfois si bien cachée qu’elle en disparaissait au regard des moins éveillés,  la Vie était enracinée dans un terreau fait d’émotions multiples, toutes teintées d’un Désir pur, viscéral, violent, déraisonnable, sauvage, celui de transcender cette enveloppe corporelle, finie, contraignante, qui n’en finissait pas de s’opposer à l’esprit virevoltant et fou, avide d’infini.

Douleur étonnante mais exquise d’Etre, tout simplement.

Mais cette douleur ne pouvait devenir exquise qu’en face d’un autre comme soi, pour partager cette expérience déraisonnable.

Là était l’origine de la fissure dans sa carapace bien bordée. Et le gars Gino, tout renfermé qu’il était, tout insaisissable et peut-être encore plus bordé qu’elle, devait avoir la même fissure, ou du moins quelque chose de similaire.

L’un face à l’autre, ce fameux Désir d’Etre se réveillait, résonnait en écho, s’alimentait de l’autre, s’en nourrissait, émergeait lentement, et les rendait peu à peu à vivants. Juste vivants.

Elle sentit qu’elle risquait gros, très gros même. Fallait-il se rétracter, revenir en arrière, mettre le holà avant qu’il ne soit trop tard.

Postée sur le quai de la Baie où les gobelins déchargeaient des caisses, elle se dégagea de ses pensées d’un haussement d’épaules. Trop tard, il était trop tard. Advienne que pourra, après tout, on n’avait qu’une vie.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Jeu 27 Juil - 16:29



Un rêve, de ceux qui cherchent une brèche dans le flot des images pour délivrer un message.

Il s’agit d’un voyage, d’un parcours, non c’est une danse.

Un homme, une femme, deux danseurs de l’impossible.

Un lieu improbable, créé par des êtres qui inventent les mondes pour sortir du leur. C’est une scène arrangée pour une danse à plusieurs, mais là elle est vide de vie, faite pour une danse à deux.

C’est une danse dans un décor improbable, magique, fou, à l’image du couple qu’ils forment.

Ils n’ont pas de nom, pas d’âge, une apparence mais pas de corps, juste deux âmes, qui se cherchent, et se complètent, de plus en plus, de mieux en mieux.

Là, sur cette scène, Elle, elle sait ce qu’elle cherche, mais sans en percevoir toutes les implications. Elle le cherche car elle l’a déjà vécu, du moins en partie. Elle le sait, c’est là, tout près, juste derrière le voile. Elle ne sait pas ce que c’est, mais c’est pourtant ce qu’elle cherche.

Elle est concentrée dans cette danse qui glisse et défile dans le décor de bric et de broc, au milieu des machines de fer et des êtres monstrueux.

Attentive, elle le suit pas à pas, mot à mot elle boit ses paroles, les imprime en elle avec une précision quasi mimétique. Elle se fond, s’immisce en lui, en douceur, elle ne raisonne pas, elle le suit, le sent, le capte. Tout son être à elle est concentré dans la captation de son être à lui. C’est une étincelle d’énergie qui en cherche une autre, un flot de pensées qui résonne avec un autre flot, c’est de la pure connexion.

Elle ne cherche ni à le pousser, ni le précéder, surtout pas l’influencer, juste le sentir, le suivre, active et volontaire dans la réponse à ses attentes, même celles qu’il ne connait pas encore, épouser le moindre de ses mouvements, la moindre de ses sensations, la moindre de ses intentions. Elle se coule dans ses pas comme n’importe quelle danseuse mais c’est son esprit qu’elle suit, le fil de ses pensées, de ses réactions, aussi vives et folles qu’elles puissent être.

Lui, le danseur, imprime sa marque, offre son expérience de la scène, il dirige en douceur, peut-être un peu timide, la partenaire est nouvelle, il faut s’y adapter. Ce genre de danse est instinctive, et doit le rester, même si l’expérience permet d’y apporter des améliorations. La danseuse est toujours magnifiée par le danseur qui la dirige. Il en paraît le maître, quand bien même il est à son service.

Ils dansent, bougent, se parlent, mais sans rien dire de la danse.

La danseuse ne sait pas ce que le danseur comprend de cette danse, ni ce qu’il en ressent, mais elle le perçoit, lui : il est en confiance, il s’épanouit, elle le sent s’ouvrir peu à peu, elle ne force rien, ou si peu, elle est là, entière dans cette danse, avec et pour lui.

Il semble s’éveiller à son contact. Sans doute est-il dans la perception accrue des sens, cette complicité du langage des hommes, celui du désir sensuel qui s’exprime par le corps. Sans doute n’a -t-il pas conscience qu’il se joue autre chose, mais peu importe, cela la remplit.

Pourtant, parce qu’elle a peur de se perdre, de le perdre, de blesser aussi, elle se questionne sur ce qui sous-tend cette danse. Le rêve se charge de lui offrir des images à classer.

Il y a de l’impossible, une barrière, qu’elle ne visualise pas. Peut-être est-ce en elle, et non en lui. Elle ne sait pas. Mais malgré la barrière, elle le sait, il y a du possible, à portée de main, d’esprit, d’âme. Et elle voudrait le comprendre, sinon le saisir.

Au fil des images-mots qui posent les idées le voile se déchire peu à peu.

Elle pleure. Elle a si souvent pleuré, à force de chercher, de trouver, de sentir.

Il est là, le trésor, caché dans ses pleurs qui accentuent la brèche.

Elle se sent seule, tellement seule. C’est sur la solitude de son âme qu’elle pleure. Elle se trouve pathétique, et pourtant, elle n’y peut rien, c’est elle.

Voilà ce qu’elle cherche, depuis toujours, une réponse à cette solitude intime, celle de l’âme.

Est-ce que cette réponse est dans l’Autre. Elle l’a cru, longtemps, mais là elle ne sait pas, elle ne sait plus. Danser seul, dans un décor ou un autre, c’est la loi du genre, le lot de chacun. Ce n’est pas un entre-deux mais un entre-soi. Voilà ce qu’est l’Art. On peut dire, écrire, peindre, chanter le Désir d’Etre à un Autre anonyme et indéfini, sans crainte de blesser. Mais on reste seul face à la page blanche.

Pourtant elle est belle cette danse à deux, elle est superbe, sublime, elle remplit.

Or si elle est possible, c’est bien parce qu’il y a écho, réponse de l’Autre, accord, harmonie et peut-être même volonté similaire, parfois non consciente, de partager cette danse qui ne se dit pas, cette quête d’Ailleurs, d’Art, d’Amour, de Désir, de Vie.

Le rêve s’effiloche, le message est codé, comme toujours, la réponse est sans doute multiple.

Une seule évidence perdure, sans le danseur, la danseuse n’existerait pas, sans le danseur, cette danse-là s’arrêterait.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Sam 29 Juil - 16:45



Ally avait obtenu un petit contrat pour Gino et il avait fallu se renseigner à la taverne du Quartier Mage, pour trouver la fille dont on connaissait seulement le nom.

Pour ce faire, Gino avait réussi à engager la conversation avec la serveuse du moment mais voilà qu’elle s’était prise à un jeu qu’elle croyait être de séduction et elle l’avait poursuivi jusqu’à la sortie de la taverne, l'alpaguant d’une gouaille un peu trop salace et intime au goût d’Allyson. Elle faisait donc vaguement la tête en marchant vers le centre-ville.

Gino la suivait des yeux, attendant qu’elle s’exprime mais rien ne venait, elle boudait.
“Bon.. C’quoi l’problème ?”

Elle s’arrêta, le mouvement de ses mains indiquait un agacement certain. Elle rongeait son frein, le regard noir, se mordillant intérieurement la joue.
“Rien”.

Il s’approcha d’elle, lentement.
“Mais tu crois que j'me cherche une coquine ou quoi ?”

Elle tremblait, de colère et de désir mélangés. Le rouge qu’elle portait dénonçait toute la folie dont elle était capable. Sang, sexe, piment, douceur, la mort et la vie tout à la fois.
“Ben j'sais pas, c't'à toi d'me dire.T'comptes t'faire copain-copine avec toutes les serveuses du coin ?”

Il fronçait les sourcils, devenant tendu, entre énervement et attention extrême.
“Parce que j'voulais savoir son nom ? On cherche une fille non ?”

Allysone soupira, comment expliquer ce qu’elle ne comprenait qu’à moitié elle même.
“Nan mais.. j’dis pas, la manoeuvre était bonne, intelligente même. Mais si c'est pour qu'elles t'appellent toutes Robert ou je sais pas qui, en faisant des blagues salaces…”

Le ton commençait à monter.
“Quoi ! Et après ! Elle a pris ça pour un jeu, on reste là dessus ! j'en ai rien à foutre de son cul !”

Elle fronçait le nez, inspirait  longuement, c’était compliqué de rester sereine, là, de toute évidence. Elle cherchait tout au fond d'elle même à calmer la tempête qui grondait et cela ne pouvait plus être caché.

Il s’approcha au plus près d’elle, un léger sourire en coin et le regard vaguement étonné.
“Mais…  T'es jalouse ... Hmm ? Tu lui pèterais la gueule j'en suis sûr ..”

Elle soupira, lourde d’un secret dont elle prenait tout à coup conscience, désemparée. Il allait la maudire, s’en débarrasser, la repousser, se défaire de ce piège qu’elle même craignait. Elle ne savait pas lui mentir.
“Ben…. ben oui.”

Pourtant il n’eut pas la réaction qu’elle craignait.
“Wouaa putain mais c'est terrible ça !”

Il lui retourna la bouche d'un baiser fou.
“Tu tiens à moi, ça m'plaît ...”

Tendue comme un arc, elle fondait sous le baiser, encore un peu inquiète.
"Mais… T'as pas l'air de saisir…  Tu vois pas l’problème ? … parc’que c’en est un … ‘Fin j’crois… ”.

Il secoua la tête, la serrant contre lui de ses grandes mains chaudes qui lui enserraient la taille, sûr de lui.
"Moi j'aime bien c'problème là en fait ... tu montres que j'suis à toi ... à moi, aux autres  ... ça m'va bien parce que j'te vois bien comme ça moi aussi. Rien qu'à moi.”

Le regard qu'ils échangèrent fut tout à coup différent, bien plus intime, plus vrai, plus secret aussi.

La fissure devenue brèche se faisait partage.

Le rouge se faisait passion.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Dim 30 Juil - 17:47




Difficile de dire comment l’idée folle avait germé dans sa tête.

Probablement tout un ensemble de connexions, d’idées, d’images, de paroles, de rêves et de désirs.

Peut-être était-ce d’avoir discuté avec l’armateur et la femme-médecin au kiosque, et d’avoir évoqué avec eux les joies indicibles d’un vie aventureuse, ou d’avoir été touchée par les paroles de Sin, “Tu as illuminé ma soirée”, petite phrase toute bête mais qui lui avait fait prendre conscience qu’elle détenait en elle une sorte de folie qui pouvait allumer l’Autre en face d’elle.

Toujours est-il que l’idée prenait de l’ampleur, dans sa tête, dans son corps, dans son coeur.

Gino en avait sous le pied, c’était évident. Sous ses airs bourrus, qu’il soient placides ou tendus, il cachait une force, une intensité, une folie créatrice qu’elle pressentait et désirait obtenir, faire sienne, en jouer et en jouir, ni plus ni moins.

Face à lui, voilà que tout à coup elle se sentait l’âme d’une dénicheuse, d’une chercheuse de trésor, d’une archéologue de l’impossible, d’une muse, même.

A deux, elle le sentait, le monde pour pouvait leur appartenir. Ils pouvaient très bien rester membres des Naufrageurs et mener une vie parallèle d’aventures plus terrestres, l’un n’empêchait pas l’autre.

Il suffisait de mettre en commun leurs talents, s’organiser, agir de concert.

Ils étaient complémentaires, cela sautait aux yeux, comment ne pas l’avoir vu plus tôt.

Or le monde regorgeait d’aventures à tenter, pour peu qu’on prenne la peine de les dénicher. Les coups à faire devaient être prometteurs et nombreux, pour une paire de lascars bien rodée. Il y avait de l’argent à se faire sur le dos des riches et des mécréants, et ça sans tuer ni même peut-être blesser, il suffisait encore une fois de bien s’organiser.

Et puis on pouvait ensuite en redonner une partie aux miséreux, ceux de la Marche ou des faubourg de la Capitale, partager, illuminer la vie de ceux qui n’avaient pas leur chance, comme elle avait illuminé la soirée de Sin.

Le contrat sur la fille n’était pas à la mesure de ce dont ils étaient capables, c’est du petit fretin, il y avait certainement d’autres coups à tenter, bien plus lucratifs.

Et puis, elle avait une rage qui traînait contre ceux qui l’avaient abandonnée quelques vingt ans plus tôt, et ceux là étaient des nobles, des riches, des marchands d’armes qui n’avaient même pas pris la peine de la chercher, une fois qu’elle avait été kidnappée par les détrousseurs des mers.

Elle esquissa un sourire en réajustant sa chemise courte, se regardant dans le petit miroir de la chambre-cabine. Pas besoin de s’inventer de bonnes raisons pour faire les quatre cents coups. Elle rêvait d’aventure, et Gino semblait tout à fait disposé à partager ses rêves, c’était suffisant pour l’inciter à creuser l’idée.

Se recoiffant des deux mains, elle s’adressa un sourire amusé, prenant la pose devant un gnomographe imaginaire. Elle se voyait faire les gros titres de la Gazette .. “Braquage en duo”, “Les amants de l’arnaque “, “Paire de haut-vol”.

Restait à voir si Gino accrocherait à l’idée.


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Mer 2 Aoû - 16:21




Ils sont assis côte à côte sur le lit du meublé, à contempler le butin de leur premier travail en couple.

Gino a entrepris de faire un imposant pétard avec de la feuillerêve qui embaume déjà la pièce. Allysone a accepté de fumer, elle le laisse faire,  mais semble encore hésiter.

“T’es sûr que t'es prêt à fumer ça avec moi, là ?”

Il lui adresse un regard interrogatif tandis que sa langue parcourt le papier à coller.

“Ben … T'as pas idée de comment j'réagis à ça…  Moi non plus d'ailleurs... ça dépend..... c'pas comme l'alcool.. l'alcool je gère…”.

Il ne comprend toujours pas, elle insiste.

“ T'es sûr de vouloir ça ?  Parc’que moi j’pars... pis loin des fois.... donc faut pouvoir m'ramener. Mais si tu restes calme, ça va l’faire. Par  contre si tu commences à vouloir un câlin... “.

L’oeil de Gino s’allume tandis qu’il cherche le craque-flammes dans sa poche.
“Hmm ? Et si j'veux un câlin ? Il s'passe quoi ?”.

Elle émet un petit rire de fond de gorge.
“Baaaahhh…. On va partir loin, à deux”.

…..

A n’en pas douter, la feuillerêve était de bonne qualité. En quelques secondes, elle sut qu’elle allait devoir faire attention à ne pas partir trop loin.

Au moins la plante séchée n’était pas coupée, elle l’aurait perçu tout de suite. Pas d’excitant rajouté comme cette fois où elle avait dérapé vers un délire vaguement cauchemardesque teinté d’une nausée sévère.

Elle mit l’information dans un coin de son cerveau, histoire de ne pas laisser l’angoisse monter, au cas où.

Elle l’observait, tandis qu’il tirait dessus et toussait d’avoir trop inspiré. Elle soupira d’aise intérieurement,  tout son corps s’épanouissait comme un immense sourire.

Ce gars là la faisait fondre. Plus il baissait sa garde et plus elle avait envie de l’approcher, au coeur. Elle sentait déjà le désir monter par picotements le long des bras.

…..

Ne pas se précipiter, ne pas prendre peur, ne pas se laisser déborder par ses propres désirs, ne pas trop se dévoiler non plus, ne pas gâcher ce qui naissait entre eux.

…..

La brume gagne peu à peu son cerveau, les picotements parcourent tout le corps, les sens s’aiguisent et les sensations s’exacerbent à la vitesse grand V…  elle le laisse finir la roulée, pas la peine d’en fumer plus que nécessaire pour cette première fois.

Son monde intérieur s’élargit à mesure que la brume investit tous ses neurones. Tout devient crucial, intense, plus vrai que vrai, elle risque de partir loin, elle le sent, pas question de partir seule, cela gâcherait tout.

Sa bouche est sèche, elle a l’image d’un verre de rhum mais elle l’efface d’un mouvement de tête, c’est de lui dont elle a soif.

Elle attend qu’il pose le mégot sur la table, puis elle s’approche, doucement, glissant assise plus près de lui et pose sa main sur sa joue, dans un geste tendre et légèrement possessif.

Il ne le sait pas encore mais il peut l’emmener loin, très loin, bien plus loin encore qu’il ne l’a déjà fait, et ça, sans aucun produit pour s’aider. Elle est amoureuse et c’est suffisant pour la faire décoller d’un désir simple et intense, mais c’est avec la connexion intime partagée que l’au delà des corps devient accessible. Et c’est là qu’elle veut aller.

L’herbe fumée peut jouer un rôle de déclencheur ou d’accélérateur de ce partage intime et rare, pour peu qu’elle sache l’emmener. Ou plutôt qu’elle sache lui montrer comment il peut jouer son rôle de conducteur et l’emmener. Seule, impossible d’aller là-bas, elle le sait.

Tout à coup une phrase dite une heure plus tôt lui revient en mémoire. Elle venait de lui asséner que lui seul comptait pour elle et il avait lâché dans un souffle.
“Nous .. c'est encore mieux t’vois”.

Nous. Ce Nous est sans doute la clé. Clé de voute d’un édifice qu’ils construisent à deux,  clé du coffre d’un trésor enfoui, clé de sol d’une petite musique que tous rêvent de vivre.

….

Ne pas se précipiter, ne pas prendre peur, ne pas se laisser déborder par ses propres désirs, ne pas trop se dévoiler non plus… Si, elle doit se dévoiler,  sinon le voyage sera impossible.

….

Le désir grandit en elle, et elle entrevoit l’immensité où elle veut l’emmener.

Il faut dépasser le simple désir physique, le transcender et se laisser emporter par l’infini, accepter cette sensation de dispersement qui ne vient qu’en s’abandonnant totalement à l’autre.

Elle pose ses lèvres sur les siennes, sa main droite sur son cou et la gauche contre le flanc.

Tout à l’heure, avant de redescendre et de s’endormir dans les bras l’un de l’autre, il y aura souffles, secousses, déflagrations, explosions, plaisirs intenses et connus, mais avant elle veut entreprendre un autre voyage.

Un voyage que la plupart des hommes n’entreprennent jamais, la faute à leur corps et ses besoins, visibles et impératifs, qui occultent l’immensité des possibles.

Elle veut le cueillir, en douceur, l’effleurer, le butiner, l’allumer lentement, l’amener peu à peu à s’abandonner, se laisser glisser avec elle dans le flux de vibrations qui est là, à portée de peaux, pour en maîtriser tous les méandres, les possibles, l’amener à percevoir le rôle qu’il doit jouer dans cette quête, afin de l’emmener au large, futur capitaine d’un navire flottant dans l’immensité cotonneuse d’un monde vibratoire.

Caressante et douce, aimante, elle ondule, devient vague, vent dans les voiles, chant de sirène, elle s’enfonce en elle, glisse et l’emmène. Il faut qu’il se laisse couler avec elle jusqu’au tréfonds de son âme et alors seulement il saura qu’il a le plus merveilleux des pouvoirs, celui de lui ouvrir les portes d’un paradis intérieur.

Enfin les portes s’ouvrent, une à une, les sensations deviennent couleurs, odeurs, sons, goûts, l’enveloppe corporelle disparait peu à peu, l’intérieur devient extérieur, ciel et mer se confondent, le fini devient infini, et enfin l’un devient Tout.



Bien plus tard, allongée contre lui, la main posée sur son torse pour en écouter les battements lents et calmes, une petite phrase remonte à la surface de son cerveau engourdi.

« Tout est offrande, si on le décide. Ne donnez que ce qui peut être reçu. Ne prenez que ce qui peut être offert. Sachez attendre, et vous trouverez le chemin ».

Elle comprend tout à coup que cette vérité révélée par le vieux Liank est probablement la réponse tant espérée par l’âme seule, cette quête que la danse du rêve lui a révélée.

Elle le sait, ou du moins le suppose, tout ce qui vient de se passer là, entre eux, est dû aux pouvoirs enivrants et projectifs de la feuille-rêve.

Pourtant c’est bien ce chemin-là qui a été emprunté. Un chemin que seule la confiance absolue peut offrir, l’abandon, l’offrande de soi, et la réception pleine et entière du don de l’autre.

Tout un monde à découvrir que seuls ceux qui s’abandonnent totalement l’un à l’autre peuvent entreprendre.

Un monde qui, tout bien considéré, pourrait peut-être s’appeler Nous.

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Ven 11 Aoû - 12:02

En quête de certitudes


La nuit est pleine, le roulis du navire atteste d’une mer calme et le bruit des drisses dans les haubans indique que le vent a faibli. Tout le monde dort ou somnole sur la Sainte Garce.

Ses sens ne la trompent pas. Avec un temps comme celui-là, filer à la nage en longeant la côte au Nord pour se diriger vers l’Ouest ne devrait pas poser trop de problèmes. S’il n’y a pas de plan, il ne semble pas y avoir non plus trop de risques. C’est déjà ça.

Eveillée, tendue, inquiète même, Ally attend que Gino soit profondément endormi.  

Elle n’a pas pris le temps de réfléchir, mais elle a décidé de partir, comme souvent, sur un coup de tête. Elle ne sait ni vraiment pourquoi elle veut partir, ni vraiment où elle compte aller, mais elle sent qu’elle doit le faire.  Là, ce soir, maintenant. Rien ne pourra l’en empêcher maintenant que l’idée a germé. C’est devenu une question de survie. De l’instinct pur.

Lorsque la respiration de Gino est ample et régulière, elle se lève sans bruit.




Tout avait commencé de façon anodine, en début de soirée, une information donnée dans le fil de la conversation.  Il y avait un engagement qui devait être pris en compte. C’était une information connue qui plus est, intégrée depuis un moment déjà, une broutille si on réussissait à faire la part des choses.

Mais justement elle n’en était plus capable, maintenant qu’elle s’était dévoilée et que le feu avait pris en elle. Et c’est ce qu’elle n’avait pas vu venir et n’avait pas compris, ou voulu comprendre, sur le moment.

Ensuite, sans même qu’elle en prenne conscience, l’information avait fait son chemin, passant de ses oreilles à son cerveau, puis son cou, ses bras, ses reins, son ventre, son coeur, dévastant tout sur son passage, toute sa joie de vivre, son allant, sa force, son envie d’être, tout simplement.

Elle avait commencé par être tendue, puis inquiète, puis absente, puis triste, puis désespérée. Elle avait réussi à se ressaisir, pour un semblant de présence, mais le mal était en elle et ne l’avait plus quittée, et ce malgré la présence douce et attentive de Gino.

Dans la nuit, une seule idée était alors apparue valable car tellement ordinaire pour elle : cesser de se débattre intérieurement et sortir d’elle, foncer, tout faire exploser, quitte à tout perdre.




Tout en préparant son sac en silence, elle le regarde dormir, attendrie. Tout agité et rude qu’il donne l’air d’être, au fond, c’est un sensible qui peine tout comme elle à trouver le chemin. Elle en est amoureuse, elle l’aime, comme il est. Pour rien au monde elle voudrait le blesser.

Elle se doute bien qu’en partant ainsi en pleine nuit, sans prévenir et sans l'avoir annoncé, elle va pourtant l’inquiéter, mais la pression est trop forte, partout en elle, dans son cerveau en ébullition qui n’en peut plus de bouillonner, dans son corps qui la démange de devoir rester sans rien faire, dans sa tête qui aurait besoin de hurler sa détresse, partout, dans tout son être, chaque petite parcelle hurle d’un sentiment qu’elle identifie comme de la rage, faute de savoir la nommer.

Elle griffonne sans hâte le petit mot qu’elle tourne dans sa tête depuis des heures.





Elle n’aurait pas dû se laisser aller à dévoiler ses envies, ses désirs, ses sentiments, elle savait que cet aveu ouvrirait les vannes en elle et qu’alors elle ne pourrait plus rien y faire.

Sauf qu’elle ne savait pas non plus s’empêcher de dire ce qu’elle ressentait, parfois, souvent, toujours. Impossible de faire semblant.

Désormais il était trop tard pour revenir en arrière. Il fallait plutôt en avoir le coeur net. Se trompait-elle sur ses sentiments. Tout cela avait pris un autre chemin, bien plus secret et intime. Etait-ce de la projection, une illusion, ou y avait-il une part de vérité. Elle avait besoin de certitudes.




Après avoir déposé sa chemise rouge sur son oreiller elle y glisse le parchemin.

Comment réagira- t-il ? Comprendra-t-il même ce qui se passe en elle ? Sans doute que non, les hommes ont souvent ce défaut qui peut s’avérer être une qualité, ils ne comprennent pas grand chose aux sentiments féminins et encore moins aux leurs. Bien pratique pour eux car ils ont vite fait de border tout ça dans un coin de leur cerveau pour se remettre en route. Plus compliqué en face.

Elle se penche sur lui et prend le risque d’embrasser ses lèvres, en profite pour passer son nez sur sa joue râpeuse, son oreille qu’elle aurait aimé mordiller pour le voir frissonner, ses cheveux gorgés de sel, le temps d’imprimer en elle son odeur, son souffle, sa présence, et d’en conserver une trace, désormais indélébile.

Un dernier regard, embué de larmes, elle enfile le sac en bandoulière, vérifie ses lames, se fond dans la nuit pour se faufiler sur le pont, glisse le long de la coque arrière par la corde à noeuds, et s’évanouit rapidement à la surface de l’eau, sans que personne n’ait vu ou entendu quoi que ce soit.
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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Sam 12 Aoû - 2:35



Le voyage avait duré plus longtemps qu’elle ne l’avait prévu mais passer plus de 6 heures à déambuler, entre marche et nage, lui avait au moins permis d’avoir sa première réponse.

Au terme d’une longue réflexion une première certitude avait émergé. La rage venait bien de l’incapacité d’affronter cet engagement qui ne la concernait qu’indirectement, d’en ressentir de la douleur et de ne pas se sentir le droit de l’exprimer.

Car elle ne sentait aucun droit là dessus, ni dans les semaines précédentes, ni au moment où l’information s’était présentée, ni plus tard en y réfléchissant. Elle devait donc l’accepter, douleur ou pas. Mais elle n’y était pas parvenue, et s’était donc mise en rage, contre elle-même.

Six heures de route pour le comprendre, c’était déjà un acquis. Alors pourquoi ne pas tout simplement refaire le chemin en sens inverse et reprendre le cours des événements là où elle les avait laissés ?



Au terme de sa réflexion elle a bien hésité un court instant, mais elle a repris sa marche.

Elle crapahute depuis plus d’une heure sur le sol rouge des Tarides lorsque se dessine enfin le petit port de Cabestan qui vibre d’activité gouailleuse.


Le temps de marche lui a permis de se sécher, mais elle doit dessaler tous ses effets si elle veut reprendre la route rapidement.

Elle se met en quête d’une auberge et déambule parmi la foule au gré des étals et des sollicitations.




Retourner sur la Sainte Garce avant qu’elle n’appareille serait encore possible, il ne s’agit après tout que de marche et de nage, mais cette première réponse n’est pas satisfaisante, incomplète.  Car savoir qu’elle s’est mise en rage contre elle-même, n’explique pas sa fuite. Il y a une autre raison, très certainement cachée derrière celle là, assez facilement compréhensible au demeurant.

Pourquoi fuir et prendre le risque de l’inquiéter s’il ne s’agit que de rage contre soi-même. La rage passait toujours, surtout s’il s’avisait de la faire rire.

Parce que justement le retour à la Baie annonçait un événement qu’elle se sentait incapable d’affronter. Parce que pendant toute la nuit, sans même s’en rendre compte sur le moment, elle avait passé en revue tout ce qu’elle aurait pu faire pour l’éviter, et qu’aucune hypothèse ne lui avait parue valable, hormis l’absence totale de la scène afin de ne pas avoir à vivre, subir, même de loin, ce qui s’annonçait.

Deuxième certitude, elle a fui pour ne pas avoir à affronter cet événement annoncé. Rentrer en même temps que les autres l’aurait obligée à devoir assumer ce qu’elle ressentait, l’exprimer et donc prendre le risque de retourner sa rage contre lui. La fuite était donc bien la seule solution acceptable.




Des rires, des cris, des gobelins, des orcs, des humains, toutes sortes d’individus cohabitent là dans un semblant d’harmonie qui lui rappelle Gadgetzan.

Des souvenirs lui reviennent en cascade, des questions aussi, peut-être pourrait-elle s’y rendre et avoir d’autres réponses. Après tout, elle a du temps devant elle, maintenant.

Enfin un aubergiste accepte de lui louer une chambre, payable d’avance. Elle allonge la monnaie, commande une bouteille de rhum, un morceau de pain avec du poisson séché et s’enferme dans la petite pièce aux relents de feuille-rêve.

Tout en buvant et grignotant le pain, elle vide le sac de toile et entreprend de tout rincer à grande eau.  




Mais comment fera-t-elle une fois rentrée, il y aura d’autres événements similaires à affronter, d’autres moments de douleur et donc de rage, impossible d’y échapper désormais.

Il faudrait apprendre l’indifférence, réapprendre l’enfermement intérieur, expérimenter la simulation, choisir l’opacité, prendre la vie comme un jeu, et les sentiments avec.  Elle s’en doute, si jusque là c’était vaguement possible, désormais,  cela risque d’être compliqué.

Troisième certitude, elle risque de ne pas savoir être simplement elle même lorsqu’elle reviendra sur le continent de l’Est et qu’elle devra affronter de nouveau la douleur qui, très certainement, ne s’en ira plus. Elle  a beau tourner le problème dans tous les sens, elle n’entrevoit aucune bonne solution.



Tout son linge est rincé, essoré, mis à sécher à la fenêtre. La bouteille de rhum est bien entamée, et du coup elle aussi. Elle essaie de penser à l’avenir de façon positive, de dessiner des images bienheureuses  pour contrecarrer celles qu’elle craint. Rien ne vient sinon celles d’un passé récent qui, immanquablement, se teintent d’inquiétude de ne plus savoir gérer ses sentiments.  

On dit que la nuit porte conseil, c’est avec cette pensée qu’elle s’affale sur le lit où elle plonge immédiatement dans un sommeil cotonneux.

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Sam 12 Aoû - 19:38




Des bruits la réveillent en sursaut. Il fait encore nuit mais les premiers rayons de soleil caché derrière les collines à l’Est éclairent d’une lumière laiteuse le ciel qu’elle entrevoit à la fenêtre.

Sa bouche est pâteuse, son corps collé de sueur est emberlificoté, nu, dans le drap de coton, mais elle ne se souvient pas s’être déshabillée. Prise de panique, elle se relève brusquement et retombe à terre, le pied pris dans le drap.

Elle fait le tour de la pièce, se remémore peu à peu ce qui s’est passé depuis la veille et se rallonge, la main sur la bouche qu’elle mord violemment.




Pourquoi fallait-il qu’elle ne sache pas faire comme tout le monde, pourquoi ne pouvait-elle pas tout simplement prendre ce qu’on lui offrait sans en vouloir plus et rêver d’absolu, pourquoi ne savait-elle pas faire la part des choses et continuer d’avancer sans se poser toutes ces questions.

Parce qu’elle n’y arrivait pas. C’était aussi simple que ça, elle ne savait pas comment faire, ne savait pas comment ressentir moins fort, ne savait pas comment atteindre cet équilibre délicat. Sauf à fuir, dedans ou dehors, peu importait, il fallait juste qu’elle se retrouve seule.




Une fois bien réveillée, il lui semble urgent de repartir. Maintenant que le but du voyage est enfin compris, maintenant qu’elle sait qu’elle fuit, il ne lui est pas possible de rester en place. Stagner ne servirait à rien, elle doit aller tout au fond d’elle même, et pour ça continuer le voyage.

Elle se lève, toujours nue et debout dans une grande bassine qui sert de baignoire, s’asperge largement d’eau versée dans un broc.




Ses pensées sont toutes tournées vers Gino, comment va-t-il, comment a-t-il réagi, où est-il, comment lui expliquer cette fuite, lorsqu’elle le reverra, comment lui faire comprendre qu’il n’y est pour rien, que tout vient d’elle et de ses difficultés d’être.

Et qu’adviendra-t-il d’elle une fois qu’elle sera arrivée au terme de ce voyage, est-ce que par miracle elle aura trouvé l’équilibre ?  Elle en doute, mais n’entrevoit aucune autre possibilité pour le moment. En fait, elle n’a pas le choix.




Enfin séchée et habillée, elle refait rapidement son sac et descend à l’accueil. Quelques marins prennent un café, d’autres cuvent, entassés dans un coin tout au fond.

Elle est pressée de repartir, un signe de tête à l’aubergiste et là voilà déjà dehors. L’aube laisse place au jour, elle file vers le griffonnier et commande un voyage pour Gadgetzan.



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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Dim 13 Aoû - 16:50



Encore un autre voyage, celui là est bien moins fatiguant. Il suffit de se laisser porter et guider par le griffon qui connaît le parcours.

Etre ainsi dans les airs, lui fait le plus grand bien. Elle en prend plein la tête, couleurs, odeurs, bruits, goûts, tout la ravit, la lave peu à peu.

Elle se remémore tous ses voyages en fusée, tous ces lieux visités, toutes ces aventures vécues, tous ces moments avec lui et cela la rassérène.

Elle rêve toute éveillée. Elle est dans les bras de celui qui désormais habite tout son être. Avec cette folie qui la caractérise, cette soif d’absolu qui l’anime, elle s’illumine des sensations qu’elle en retire. Comme dans ce rêve de danse, ils rient, ils papotent, ils rêvent ensemble, ils s’aiment, comme des enfants ou des fous. Elle s’élève intérieurement en même temps qu’elle s’envole au dessus des côtes.


Une nouvelle certitude émerge peu à peu. Elle le veut pour elle toute seule, tout le temps, pour toujours, partout, et elle ne saura pas partager, du moins pas comme elle le faisait avant ces derniers jours.

Pourtant il va falloir s’en arranger, elle le sait, elle n’est pas stupide au point de ne ne pas percevoir la portée de ses actes et de ses désirs, mais pour le moment, elle ne voit pas comment faire. Peut-être que si elle s’expliquait ce serait plus facile. L’idée est à creuser.



Enfin le griffon atterrit en bordure de la ville. Le gobelin qui l’accueille lui propose une chambre « dans la meilleure auberge de la ville, à prix d’ami ». Elle refuse dans un rire. Elle connaît trop bien ces arnaques pour touristes. Le voyage l’a allégée, entrevoir un début de solution la rassure, elle va mieux.

Une pensée pour la Sainte Garce et le Capitaine, elle risque la pendaison, d’être partie sans prévenir, tout cela en valait-il la peine ? Oui. Indéniablement, oui. A quoi bon continuer à vivre là bas si elle ne pouvait pas être elle même. Autant disparaître à jamais.




Certes. Mais comment assumer un désir d’absolu qui nécessite transparence, face à quelqu’un qui ne se dit pas, ne se révèle pas et se terre souvent dans une placidité opaque, persuadé apparemment qu’elle en a tout compris et n’aurait donc aucune raison de s’inquiéter.

Elle a beau faire confiance à ses propres ressentis, elle n’en a pour autant pas l’assurance qu’il aurait, tout comme elle, ce même désir d’absolu. Comment le pourrait-il d’ailleurs, sauf à être vraiment aussi fou qu’elle.



Elle se fond dans la foule, s’amuse des bonimenteurs et des badauds. Plus de 10 ans ont passé et pourtant Gadgetzan n’a pas changé, ou si peu.

Elle déambule, encore allégée de cette nouvelle certitude lorsque dans la foule, le visage d’une jeune femme l’interpelle. Son ventre se vrille, on dirait Khamila, en moins abîmée. Elle la suit du regard, puis la voyant disparaître au coin d’une ruelle, la suit vraiment, se fondant dans l’ombre.

Au terme d’une déambulation lente dans le vieux quartier, la jeune femme l’amène au seuil d’une maison qu’elle reconnaît immédiatement. C’est bien celle de Khamila.



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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Lun 14 Aoû - 10:59



La jeune femme est entrée dans la maison et Allysone reste un moment dans l’ombre d’une porte pour surveiller les années et venues. Surveiller, se cacher, attendre, elle sait faire. Pendant qu’elle patiente, elle se remémore un épisode récent.


« Arrête de jouer, arrête de jouer … moi j'vais t'dire p'tite gueule, le jour où j'jouerai plus avec toi, pose toi des questions sur nous deux, parce qu'à mon avis, y aura d'la tempête dans l'air tu vois … ».

Vu ce qui se passait à ce moment là, la phrase avait été oubliée ou du moins mise en retrait dans sa mémoire.

Mais là, dans l’attente, elle la ressort, avec tous les questionnements du moment.

De quelle tempête parlait-il, bonne ou mauvaise, joyeuse ou destructrice ? Vu le ton employé et le côté prophétique de ses propos, elle l’avait plutôt pris comme une forme de menace sur la pérennité de leur histoire, au cas où le jeu n’en ferait plus partie. Sur le moment, elle s’en était inquiétée, mais comme il riait à moitié elle avait réussi à occulté ses craintes.

Pourtant aujourd’hui il lui semble bien que ses paroles n’étaient pas vraiment positives. Et si le jeu entre eux s’arrête, que restera-t-il ?

Elle s’assombrit. Disparue la joie de vivre du voyage en griffon, le doute la reprend.


Avoir fui comme elle venait de le faire risquait-t-il donc alors de signer l’arrêt du jeu qui les liait ?

Son coeur chavire et elle regrette, se morigénant pour la folie de sa fuite.

Elle aurait sans doute du attendre et voir ce qui se passait. Peut-être s’en était-elle fait une montagne et s’était empêchée de réagir au mieux.

Sauf qu’elle n’aurait pas pu faire autrement. Elle n’a agi ni par calcul, ni par bêtise, mais par instinct de survie, sans raisonner ni prévoir toutes les implications négatives que cela pouvait avoir.

Il n’y avait donc plus qu’à en subir les conséquences, avec fatalisme.



La jeune fille ressort de la maison, elle s’est changée, Allysone l’observe, compare, réfléchit, enfin elle comprend.

C'est la fille de Khalima, la petite Khadija qu'elle gardait lorsqu’elle était à leur service. C’est devenu le portrait craché de sa mère. Mais elle semble heureuse, libre d’aller et venir, certaines choses ont du changer.

Elle lui emboîte le pas, il faudrait pouvoir lui parler, tâcher de savoir où est Jamel, s’il y a moyen de le rencontrer, savoir ce qu'il est devenu, et surtout tenter de comprendre pourquoi il l’a lâchée au moment du départ.


A quoi cela lui servira-t-il aujourd’hui, pas grand chose, si ce n’est de vérifier qu’elle a bien été abandonnée ou plutôt qu'elle s'était fourvoyée sur ce qu’elle ressentait de l’Autre aimé et qu’elle a eu raison de se forger une identité d’insoumise ou tout au moins de solitaire.

Et après, quand bien même cela serait, cela aurait-il un quelconque impact sur ce qui se passe pour celle qu'elle est devenue ?

Absolument pas, la situation n’est pas la même, il n'y a eu aucun manquement, aucun abandon, aucune tromperie, rien qui ne puisse expliquer et valider son attitude.

Elle a fui une situation qu'elle connaissait et disait, croyait avoir accepté, il n’y a aucun reproche à faire, à quiconque, sinon à elle seule et sa soif d’absolu. A aucun moment il n’avait été question de lui accorder ce qu’elle semble vouloir réclamer, elle a forcément tort et elle n'a qu’à s'en prendre à elle-même puis tâcher de s’en sortir comme elle peut.


   
La jeune fille déambule dans la partie commerçante de la ville, fait quelques achats de légumes, elle rit et parle avec les commerçants, se laisse approcher sans crainte, rien ne semble assombrir sa vie, elle devrait pouvoir l’aborder sans crainte.

Elle s’approche, lui touche le bras et murmure son prénom, interrogative mais souriante. La jeune fille la regarde, interloquée, puis la reconnaît et l’interpelle avec joie. Elles se prennent dans les bras, s’embrassent. Khadija parle avec vivacité, s’anime, veut l’emmener « à la maison », lui faire rencontrer « Maman », explique que « le vieux est mort ».

Allysone écoute, amusée, vaguement perplexe mais explique qu’elle a peu de temps, elle doit repartir, on l’attend, elle reviendra mais pour le moment elle aimerait revoir Jamel.

Khadija s'arête, s’étonne, puis s’assombrit.

Enfin elle lui prend le bras, compatissante. « Alors tu ne sais pas ? ».


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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Mar 15 Aoû - 11:35



Comment avait-elle pu douter.

Jamel n’était pas venu car il n’avait pas pu.

Il avait bien essayé mais on l’en avait empêché, et comme il insistait on l’avait enfermé, et comme il s’était échappé on l’avait ramené de force, et comme il se débattait, ils l’avaient battu. Plus tard, Jamel était tombé malade.  

Certains disaient qu’il s’était laissé mourir de désespoir, d’autres qu’on l’avait battu trop fort, d’autres encore qu’il pourrissait au fond d’une cale , toujours est-il qu’il avait disparu, peu de temps après son départ.

Ainsi sa folie avait blessé et peut-être tué, certes indirectement, mais cela venait bien d’elle.

Et n'était-ce pas encore ce qui se passait ou risquait de se passer ?

Fuir pour survivre, pourquoi pas, mais à condition que cela ne détruise personne…




Elle tente d’écouter Khadija mais les regrets l’assaillent,  la peur d’avoir blessé la mine.

D’être loin de son environnement habituel lui fait tout à coup prendre conscience qu’elle s’est peut-être fourvoyée, et même certainement.

Ses peurs, ses craintes n’ont aucune réalité face à la jeune fille qui raconte l’horrible destin de celui qu’elle n’a pas compris.




Elle n’a rien capté de ce qui se passait autour d'elle, n’a vu que son propre désarroi, elle n’a pas vu qu’elle projetait, s’inventait une histoire qui n’était pas la sienne, rêvait une vie impossible, jalousait ce qui n’avait lieu de l’être, craignait ce qui ne la concernait pas.

Maintenant elle se fait horreur, elle se déteste, elle s’en veut, se met de nouveau en rage contre elle-même, si elle pouvait elle se giflerait.



Elle veut fuir à nouveau, se cacher, revenir en arrière, tout effacer, disparaître, mourir même, si cela pouvait tout arranger.

Elle écourte la conversation, elle n’en peut plus, invente un rendez vous dans une taverne, promet mollement de revenir voir Khamila plus tard et s’enfuit en courant vers les portes Sud de la ville.



Pourquoi n’est-elle pas capable de contenir cette rage en elle. C'est une énergie qui explose en milliards d’étincelles folles, offertes à qui veut les recevoir, une énergie qui peut illuminer pour peu qu’on y soit sensible, mais qui peut tout autant détruire ou blesser si elle n’est pas désirée ou mal gérée.

C’est pourquoi fuir comme elle l’a fait n’était pas la bonne solution. Il eut mieux valu dire sa détresse, tenter de s’en arranger, avec lui, d’abord, et seule, ensuite. Car fuir ne peut justement pas illuminer, puisqu’elle s’absente, cela ne peut donc que blesser.

Maintenant elle ne sait plus comment se sortir d’une situation qu’elle a pourtant elle même créée.

Comment revenir vers lui, les autres, le monde, maintenant qu’elle s'en est éloignée.




Le visage ravagé de larmes elle court sans réfléchir le long de la côte, mais ses pas la dirigent naturellement vers l'ancienne crique où elle retrouvait Jamel.

Sa course effrénée se calme peu à peu à mesure que les souvenirs reviennent.

Tel rocher, telle petite plage, tel palmier, enfin la crique apparaît, la grotte est intacte et accueillante, elle y jette son sac et ressort pour se jeter quasiment à terre et se remettre à pleurer, la tête dans les bras posés sur ses genoux, épuisée et désemparée.




Un flot de questions l’assaillent, et toutes, absolument toutes, tournent autour de celui qui est désormais au coeur de sa vie, Gino.

Elle est persuadée de l'avoir blessé, certaine de l’avoir embarqué dans une histoire dont il ne voulait pas, sûre de s’être elle-même fourvoyée dans les méandres de son esprit tourmenté et de l’avoir traîné à sa suite, en un mot, convaincue d’avoir mal agi.

Alors que faire, maintenant qu’elle est là.

Elle se retrouve au point de départ, perdue, avec comme porte de sortie la seule alternative qu'elle pratique depuis toujours, foncer, tout faire exploser, quitte à tout perdre.

Mais au fil des certitudes mises à jour tout au long du voyage, celle qui finalement perdure est limpide. Elle veut pouvoir l’aimer, en toute simplicité. Peu importent les engagements et les contraintes, les peurs et les risques, elle n’a plus qu’une seule idée en tête, rire avec lui et prendre la vie comme elle vient.

Pour la première fois de sa vie, elle se rend compte qu'elle va devoir composer avec elle même et elle se demande si elle en sera capable.

En fait elle en doute et se suspecte de mettre fin à l’expérimentation avant même de l’avoir mise en route. Mais elle n'en sait absolument rien.



Elle relève la tête, regarde l’horizon qui se dessine peu à peu dans la nuit qui descend sur la Grande Mer, observe les tortues qui vont et viennent, les vaguelettes qui viennent mourir sur la grève.

« Tout est offrande, ne donnez que ce qui peut être reçu, ne prenez que ce qui peut être donné ». La phrase du vieux Liank lui revient en mémoire et elle se remet à pleurer.

Mourir, disparaître, effacer, recommencer… jusqu’à ce qu’enfin l’offrande puisse être vécue comme telle de part et d’autre. Et s’aimer, à la folie, jusqu’au bout.

Elle soupire en dessinant des vagues avec le plat de la main sur le sable.

Six jours de fuite pour comprendre. Elle a compris mais elle n’a pas changé.

Elle n’a plus qu’à espérer que Gino l’ait suivie jusque là.

« Je t’attends Chaton… ».

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Jeu 17 Aoû - 1:00




Cela faisait près de 48 heures qu’Allysone Portman, ou celle qui se faisait appeler Ally, ou Elisabeth,  Lisbeth, Lyly, P’tite Gueule ou peu importait son nom, se trouvait dans cette grotte et il n’y avait plus grand chose de vivant en elle.

L’espoir, idiot, d’être sauvée par Gino avait fait place au désespoir puis finalement à la raison.

Il n’y avait aucune chance pour que quiconque la retrouve là, elle pouvait aussi bien disparaître désormais, après avoir agi avec autant de bêtise.




Le peu de vivres qu’elle avait dans son sac est épuisé, elle-même n’a pas réussi à bien dormir et elle est à bout.

Elle est perdue et sans plus aucune notion du temps, sinon qu’il fait nuit noire.

Elle ne se souvient même plus des raisons qui l’ont poussée à fuir.

Plus rien n’a de sens.

Il n’y a plus qu’à repartir, plus à l’Est ou de l’autre côté, par portail ou par bateau, elle s’en fiche.

La rage a disparu mais pas l’orgueil, et elle se trouve beaucoup trop pathétique pour désirer reprendre sa place, si tant est qu’elle en ait encore une auprès de lui.




Il lui avait fallu aller au bout de ce voyage stupide pour prendre conscience qu’une seule question persistait : est-ce que son comportement l’avait blessé.

Et comme la seule réponse lui paraissant logique était “Oui” au regard de ce que cette fuite sans explications pouvait représenter, plus rien n’avait d’importance.

L'idéal eut été de pouvoir s'excuser, mais elle est partie sans prévenir, logique qu'elle se retrouve seule avec l'impossibilité de s'expliquer.

Et quand bien même, qui aurait-il à expliquer ? Rien sinon sa bêtise.

Il devait être loin maintenant, déçu de son manque de confiance, ou triste, ou en colère, mais certainement pas dans de bonnes dispositions à son égard.

Il n’y avait donc plus rien à faire sinon se faire oublier.




Elle a promis de passer voir Khamila.  Elle peut peut-être lui faire ce plaisir.

Ainsi son voyage n’aura pas servi à rien, quelle qu’en soit l’issue.

Faisant des efforts pour se motiver, elle se remet en route, en pleine nuit, sans hâte, sans envie, sinon vaguement celle de disparaître à dix mille pieds sous l’eau.

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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Jeu 17 Aoû - 12:29




La ville est toujours aussi animée, surtout en cette heure de midi,  mais elle ne voit rien.

Elle a pris un coup de chaud, ou de froid, ou d’autre chose, et surtout elle a bu un peu d’eau dans une flaque, croyant qu’elle était de pluie, alors qu’il n’en était rien.

En fait elle va très mal.

Fiévreuse et déshydratée, elle titube jusqu’au quartier où se trouve  la maison de Khamila mais ne la trouve pas. Elle s’effondre dans la ruelle, inconsciente.




Des cauchemars la hantent, tout s’est effondré et elle se noie.

Encore une fois, elle a laissé sa folie prendre le dessus.

A croire qu’elle n’a plus sa place dans ce monde.

Peut-être était-ce l’escapade de trop, le dernier voyage, la fin annoncée quelques mois plus tôt.

Elle sombre.




Elle se réveille dans une pièce qu’elle croit reconnaître, mais ce n’est pas possible.

Elle veut se relever, elle hallucine dans sa fièvre, elle délire,  c’est forcément un cauchemar.

Ces murs blanchis à la chaux, ce rideau de toile de lin devant la fenêtre ouverte sur des barreaux de fer, cette couche de bois coincée contre le mur, c’est la pièce où elle se terrait enfant lorsque le vieux cherchait à la coincer.

Elle s’évanouit.



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MessageSujet: Re: Fissure ou brèche.   Jeu 24 Aoû - 12:04





Allongée sur le lit qui était le sien lorsqu’elle avait dix ans, Allysone, redevenue Elisabeth à son corps défendant, git à moitié inconsciente, prise de fièvre maligne. L’eau croupie semble l’avoir corrompue.

Depuis des jours, Khalima et sa fille se relayent donc à son chevet et tentent de lui faire avaler bouillons et potions sensées la remettre sur pied, sans grand succès.

Pendant les rares moments où elle parle, la jeune femme ne cesse de demander où est son “chaton” ou un dénommé “Gino”, délirant dans sa fièvre sur sa folie, sa bêtise, sa fuite, pleurant et les réclamant comme si c’était sa seule raison de vivre.


Khadija s’est mise en quête d’un chat susceptible de rester auprès de la malade mais chaque fois qu’elle en amène un dans la chambre, Allysone hurle de désespoir, ce qui n’améliore pas son état. Par ailleurs, aucune des deux femmes ne connaissant de Gino, les deux frères de Khadija ont été envoyés aux renseignements dans les faubourgs, au port et même du côté des campements au Sud. Mais rien qui ne semble correspondre.




La mort rôde autour d’elle mais ce n’est pas la première fois et cela ne l’inquiète plus.

Elle se laisse happer par le vide, envelopper de silence, engourdir par l’absence.

Une petite voix lui serine du fond de sa douleur que la fin est peut-être un commencement, alors elle se laisse couler.

Petit à petit elle s’abandonne et cesse de lutter dans ce monde.

Elle rêve d’ailleurs, suit le méandre de ses pensées délirantes, les trie, les classe, retrouve ses priorités, entrevoit une autre issue, une autre lumière, sourit à un autre monde.

Dans son délire, partagée entre pleurs et sourires, elle vogue vers elle-même.



Voyant que la jeune femme ne se remet pas, Khalima décide finalement de faire appel à un vieux sorcier-chaman vivant dans le désert reculé de Tanaris, avec l’espoir qu’il réussisse à la soigner.

Karim, le fils aîné de Khalima est donc parti, avec pour seule mission de ramener le vieil homme, si tant est qu’il soit encore vivant et en mesure de se déplacer.

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Fissure ou brèche.
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