Le Pacte des Naufrageurs
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Le Pacte des Naufrageurs

Prenez la mer et venez partager l'une de nos aventures barbaresques, dans le tonnerre et la fureur
 
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 Les lois de l'anarchie

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Eylijah Drake
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MessageSujet: Les lois de l'anarchie   Les lois de l'anarchie Icon_minitimeMar 18 Juil - 17:41

I. "Chéris le silence."






Le soleil couchant filtrait opiniâtrement à travers les persiennes de la chambre, perçant les relents de rhum et de luxure, martelant d’or liquide les deux corps trempés de sueur qui cherchaient à reprendre leur respiration après un énième assaut effréné.

Pendant de longues minutes, on n’entendit que le silence attentif de la petite pièce qui semblait savourer le calme après la tempête, tandis qu’au dehors, la Baie sortait de la torpeur abrutissante d’une après-midi trop chaude. Dockers et contre-maîtres se hurlaient dessus, forbans et catins négociaient, négociants et pirates se livraient au plus offrant… Le port reprenait vie.

« Tu pars demain, alors ? C’est sûr ? » La jeune métisse colla ses seins lourds sur le flanc du pirate, laissant courir le bout de ses doigts sur son large torse.

« D’où tu tiens ça ? », lança l’homme d’un ton méfiant. Les doigts sur son torse cherchèrent une prise à pincer en guise de punition.

« - Tout le bordel ne parle que d’ça, mon cœur ! Ce n’est un secret pour personne !

- Ces crétins parlent trop… Et tes putes devraient fermer leurs mouilles, elles aussi…

- N’empêche… Les gens du quartier n’ont qu’ça à la bouche : la nouvelle et mystérieuse course d’Eylijah et du Pandore…

- C’est Vane, le capitaine, t’as oublié ?

- Mais c’est toi que les hommes suivent, non ? ». L’homme hausse les épaules.

« - Quelle différence ça fait, si moi je suis les ordres du capitaine ? », argua-t-il comme pour se convaincre lui-même. La jeune femme lui adressa une légère moue entendue et lui sourit.

« - Tout le monde le trouve trop froid, ton chef. C’est tout juste s’il daigne s’adresser à son équipage, à c’qu’on raconte… Puis, on n’le voit jamais ici ! »  Le forban éclata d’un rire franc.

« - Et c’est bien c’qui t’dépeigne le plus, hein ?, lança-t-il avec une tape railleuse sur le fessier rond et ferme de la jeune femme.

- N’empêche, je me demande ce qu’il a bien pu t’faire pour que tu lui sois aussi fidèle qu’un… petit chien, murmura-t-elle en posant un baiser sur le ventre du pirate.

- ‘tention d’pas aller trop loin, Mel…, avertit l’homme en attrapant ses cheveux sèchement.

- Je m’en garderais bien… ». La jeune femme descendit lentement et ne put réprimer un petit cri de surprise quand elle constata que son amant avait déjà retrouvé toute sa vigueur.

« - Mais … tu m’as prise pendant des heures, et je viens à peine de te toucher…

- T’occupe…, éluda-t-il tout en guidant les lèvres de la métisse vers le bas de son ventre. Y s’trouve que Vance et moi, c’est à la vie à la mort. On s’connait… depuis bien trop longtemps pour qu’ce soit autrement, ajouta-t-il dans un grognement. Quand deux hommes tombent ensemble dans la piraterie… Y a plus rien qui puisse les séparer… »

Mélina dégagea sa chevelure de jais de l’emprise du pirate pour l’enfourcher en lui jetant un regard de défi.

« - Quand tu m’paies pas, c’est moi qui suis à la barre, Matelot…

- Qui t’as dit que j’te paierai pas, cette fois ?

- Tu m’paieras à ton retour, soupira-t-elle doucement en se positionnant sur lui. On dit que votre cargaison vaudra plus cher que de l’or.

- On dit beaucoup de choses, souffla le pirate en agrippant sa compagne. »

La jeune femme s’immobilisa et le fixa en fronçant les sourcils.

« - J’n’arrive pas à croire que tu te méfies de moi à ce point ! Je couche avec le second de l’équipage et les autres filles en savent encore plus que moi, protesta-t-elle.

- Crois-moi, c’parce que j’t’aime bien qu’j’t’en dis pas plus, répondit l’homme dans un sourire. »

La jeune femme jeta un regard blasé à Eylijah.

« - Bien sûr, siffla-t-elle, faisant mine de se retirer. » Il la retint, la serrant contre lui.

« - Tout ce que t’as à savoir, c’est que les cristaux qu’on va chercher rendent les gens plus dingues qu’les pierres précieuses.

- Alors, permettez-moi d’investir un peu sur cette marchandise, Monsieur Drake, souffla-t-elle, en se penchant pour l’embrasser goulûment.

***
La nuit était tombée depuis bien longtemps et la lune elle-même avait disparu, avalée par les flots du port. Même les derniers ivrognes avaient eu leur compte et les plus résistants cuvaient leur rhum en marmonnant aux rats qui couraient sur les quais.

Eylijah était étendu en travers du lit, vaincu, plongé dans un sommeil sans rêve. Comment aurait-il pu voir la silhouette qui se faufila de la couche vers ses vêtements, saisissant ses braies avec dextérité ? L’ombre extirpa comme un morceau de parchemin de ses poches pour le porter à la lumière sourde d’une sorte de cristal, l’examina et la replongea prestement dans le pantalon, avant de revenir se coucher prêt du pirate. La scène n’avait duré qu’un instant. Un clin d’œil. Le battement d’ailes d’un papillon…


Dernière édition par Eylijah Drake le Sam 9 Mar - 21:35, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: Les lois de l'anarchie   Les lois de l'anarchie Icon_minitimeVen 4 Aoû - 16:20


Musique


II. « Souviens-toi des morts »

La moitié du monde s’était envolée, et l’autre s’était embrasée. La fureur était partout. L’acier qui crisse. Le goût du sang. Le craquement du bois qui éclate. Puis le choc, brutal, avec l’eau.

Fureur. Acier. Sang.

Le sien.


***

Un peu plus tôt...

« - C’est trop facile, grogna le capitaine en rengainant son sabre.

- Qu’est-ce qui t’chiffonne, Vane ? On les a tous massacrés… Les cristaux sont à nous et on va s’faire des rognons en or ! rétorqua Eylijah avant d’être interrompu par l’arrivée d’un de leurs hommes.

- M’sieur Drake ! Euh…. Cap’taine Vane… hésita celui-ci  , ne sachant pas vraiment auquel des deux pirates s’adresser. C’est rapport au chargement… Les hommes voudraient savoir si on commence à transborder sur le Pandore ? »

Eylijah tourna la tête vers le capitaine Vane, visiblement trop occupé à examiner un des nombreux cadavres qui jonchaient le pont du transporteur pour daigner répondre au matelot. Il réprima un soupire et lança un signe de tête à l’homme pour lui indiquer de commencer le travail.

« Et grouillez-vous ! S’agit d’lever l’ancre avant qu’cte putain d’brume s’transforme en purée. »
Le voile d’humidité qui recouvrait la Grève de Brumejonc, au nord des Marais du Chagrin, leur avait certes été utile pour surprendre leurs victimes. Les soldats de l’Alliance chargés de surveiller la cargaison secrète de cristaux de mana qui attendait bien gentiment à bord du transporteur n’avaient absolument rien vu venir, mais Eylijah n’avait aucune envie que cette poix tourne à leur désavantage s’ils restaient là trop longtemps.

« - Tu d’vrais leur parler, des fois… Tu sais qu’ c’t’important pour leur moral et tout… reprit-il avant que le Capitaine lui intime le silence en levant un doigt.

- Vise-moi ça, Eyli, murmura Vane en montrant le corps qui gisait à ses pieds. »

Eylijah s’en approcha, les sourcils froncés, se demandant ce que le vieux pirate pouvait bien avoir encore en tête.

« - J’suis censé voir quoi ? marmonna-t-il. C’juste des maccab…

- Leurs mains, putain… Z’ont les doigts noirs de terre. D’puis quand les soldats de Hurlevent font du jardinage ?

- Ben… si c’est pas des soldats… C’quoi ?
- J'sais pas, mais ça pue, éructa Vane alors qu'ils remontaient à bord du Pandore."

Drake n’y comprenait rien… C’est vrai que les bougres s’étaient battus avec l’entrain d’un banc de moules asphyxiées, mais ils portaient la livrée de Hurlevent, ça suffisait, non ? Il n’eut pas le temps de pousser ses réflexions plus avant.

« - M’sieur Drake ! Y a que’que chose qui bouge, à bâbord, interrompit la vigie. » Les deux hommes se précipitèrent au bastingage, plissant les yeux comme s’ils pouvaient percer la brume en aiguisant leurs regards. Un mouvement, à quelques encâblures, à peine. Une forme vague. Une voile, peut-être. Alors la brume vomit lentement un gigantesque trois-mâts. Puis deux autres, en retrait, de chaque côté. Des navires de guerre. Chacun d’eux semblait poussé par une brise fantôme, tous sabords béants comme les yeux de quelque insecte répugnant, ouverts sur leur destin.

Les deux bâtiments à l’arrière arboraient les pavillons or et azur de Hurlevent. Mais sur le vaisseau de tête, seules claquaient au vent des voiles gris foncé. Des voiles que les deux hommes ne connaissaient que trop bien.

« - Les gars du 2e doigt… ‘sont pas ici par hasard, cracha le Capitaine.

- Qui a bien pu… ». Les deux pirates se jaugèrent, l’espace d’un instant cherchant à lire la trahison dans les yeux de l’autre. Non. Si trahison il y avait, elle ne venait pas d’eux. Mais qui, alors ?

« Branle-bas d’combat ! Tout le monde à son poste, hurla Drake. Canonniers, parez à tirer, deux rangs de mousquets sur bâbord ! Secouez-vous l’cul ! »

L’ordre eut à peine le temps d’être prononcé que tout un pan du bastingage à un demi-mètre de lui volait en éclat dans un tonnerre de fin du monde. Une pluie de fer s’abattit sur eux, perçant la coque, brisant les mats, arrachant entrailles et membres.

« - Z’ont mis leurs canons en proue, les bâtards, grinça le Capitaine. Tous aux abris ! On attend qu’ça passe !

- Monsieur ! Y s’dirigent droit sur nous ! Y vont nous percut…. » La deuxième salve ne laissa pas le temps au matelot derrière eux de finir sa phrase et lui arracha la moitié du crâne. »

Eylijah se replia vers le centre du pont, trouvant abris derrière le grand mât pour attendre la fin de la décharge meurtrière quand le vaisseau de tête éperonna le flanc du Pandore dans un terrible fracas. Drake grimaça sous l’impact, comme s’il s’agissait de sa propre chair. Il dégaina ses deux pistolets, expira un grand coup pour se donner du courage et bondit de derrière le mât, explosant la tête du premier assaillant venu, touchant un autre au genou. Il écarquilla les yeux. Une véritable nuée d’assaillants se pressait sur le bastingage du Pandore… Et parmi eux émergea lentement une silhouette dont il connaissait bien la démarche claudicante. L’homme entièrement vêtu de noir le reconnut, lui aussi et lui adressa un long regard dépourvu d’émotions alors qu’il tirait au clair ses deux longs coutelas.

« - Porter, hurla le Capitaine dans la direction de l’assaillant ». Le temps sembla s’arrêter alors que les deux hommes se dévisageaient l’un l’autre.

« - Tu pouvais pas juste nous oublier, hein ? ‘tait trop dur pour ta sale petite gueule !? Qu’est-ce que vous y gagnez, bande de rats ?

- Tuez-les tous, asséna l’homme au regard vide. »

Et le temps reprit son cours. Impitoyable. Eylijah dégaina ses sabres et entama une danse mortelle, faisant pleuvoir l’acier de tous côtés, tranchant les membres et perçant les chairs. Un regard de côté et il aperçut Vane se traînant sur le pont de navire, une longue dague dans le dos, à l'agonie. Drake poussa un cri. Et ne vit pas arriver le coup de sabre qui venait pour lui. La lame le cueillit au visage, creusant une large balafre, emportant son œil gauche..

La moitié du monde s’était envolée, et l’autre s’était embrasée. La fureur était partout. L’acier qui crisse. Le goût du sang. Le craquement du bois qui éclate. Puis le choc, brutal, avec l’eau.
Fureur. Acier. Sang.

L’eau couvrait les clameurs de la bataille, à la surface, à mesure qu’il sombrait, une large traînée de sang courant dans son sillage.


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MessageSujet: Re: Les lois de l'anarchie   Les lois de l'anarchie Icon_minitimeJeu 18 Avr - 20:58



III. « Ne pardonne aucune offense… »
(Suite des Lois de l’Anarchie, l’histoire d’Eylijah. Dans le dernier épisode, l’équipage du Capitaine Vane, dont Eylijah est le second, est victime d’une embuscade : suite à la trahison d’une des maîtresses de ce dernier, les agents du SI :7 ont retrouvé la trace des pirates. Leur navire détruit et leurs hommes massacrés, Eylijah est laissé pour mort…)

Musique

Il y avait quelque chose de délétère dans le vent qui battait les côtes des Tarides ce matin-là. Comme l’écho d’une mise en garde, reprise par les nuées d’oiseaux marins qui gueulaient leur faim sur le modeste port de pêche où Mélina avait atterrit quelques années auparavant… Elle jeta un regard furtif à son compagnon qui s’animait sur le quai, à quelques pas, trop occupé à décharger son petit bateau de pêche pour lui accorder un semblant d’attention.

Ethan n’avait jamais vraiment su d’où elle venait, ni à quoi elle avait occupé son « autre vie ». Cela valait sûrement mieux, pour elle comme pour Noâm, le petit dont elle était enceinte lorsqu’elle avait débarqué sur les côtes de Kalimdor, fuyant la Baie, ses vices, ses humiliations et la culpabilité… Ethan l’avait accepté sans poser de question et pour cela, Mélina souhaitait lui montrer une reconnaissance éternelle, sinon son amour.

Et puis parfois, tout de même, la vie lui arrachait un sourire, comme en ce moment, où Noâm, cherchant à imiter son père adoptif, s’escrimait contre une caisse de poisson deux fois plus grosse que lui.

Mélina se redressa, humant à nouveau, à la manière des fauves, ce vent d’est chargé de rancœur.
La vie d’ici était rude, c’est vrai. C’était peu dire d’une existence où l’on disputait tous les jours sa survie aux courants meurtriers qui vous apportaient tout juste de quoi nourrir votre famille. Mais c’était une vie simple. Une vie de labeur qui occupait ses bras et empêchait sa tête de trop remuer le passé.

Il y avait quelque chose dans ce vent, mais quoi ?
« Mélina, lui lança Ethan de sa voix puissante. Bouge-toi l’cul ! » Un coup de tonnerre, quelque part. L’orage arrivait, enfin. «On doit avoir fini avant de …. » Un sifflement et la mâchoire de l’homme explosa, projetant des lambeaux de chair et d’os sur le visage de sa compagne. Mélina eut à peine le temps de poser un regard horrifié sur l’océan, d’où le tonnerre était venu… Juste une seconde, assez pour apercevoir le navire au pavillon noir que les flots venaient de vomir. Une seconde avant que l’enfer ne s’abatte sur le port. Une nouvelle salve de métal et de feu emplit l’air et répandit l’horreur, faisant voler en éclat bateaux et bâtisses, broyant les corps…
La jeune femme se précipita instinctivement vers le quai pour attraper Noâm, pétrifié par la mort de son père, et couru comme une dératée loin du front de mer, espérant trouver un abri quelque part vers l’intérieur du village. Autour d’elle, le monde sombrait avec perte et fracas et le moindre impact faisait exploser les pauvres masures de chaume. « Des boulets enchainés… Ils ne sont pas là pour piller. Ils sont là pour détruire et massacrer…. »

Son fils toujours accroché sur la poitrine, elle se glissa sous une charrette de grain abandonnée sur un coin de la rue et attendit, luttant pour reprendre son haleine et ne pas éclater en sanglots.
Une dernière salve et un silence de mort s’abattit sur le village, ponctué de râles d’agonie. Puis, peu à peu, les gémissements firent place à des cris d’horreurs.
« Ils ont débarqués », pensa Mélina en roulant des yeux terrifiés autour d’elle, essayant d’apercevoir quelque chose, n’importe quoi, de sous son abris de fortune…
« Ils achèvent les survivants », comprit-elle dans un accès de panique. Il fallait partir. Maintenant.

Elle s’élança, avisant une ruelle dans laquelle elle s’engouffra sans même jeter un regard en arrière pour vérifier si on pouvait la voir. Elle sauta par-dessus les débris des maisons effondrées qui lui barraient la route, tirant dans son désespoir une force qu’elle ne soupçonnait pas. Elle y était presque… Au bout de la ruelle, on sortait du village par un chemin qui se perdait dans les collines. Elle serait en sûreté, là-bas. De là, elle pourrait trouver une caravane pour Théramore. Recommencer sa vie. Une poigne gigantesque, surgie de nulle part, la saisit par l’épaule, l’arrêtant brutalement dans sa course.
Elle eut à peine le temps d’entendre Noâm commencer à pleurer qu’un formidable coup de poing lui fit exploser la tempe. Noir. Froid. Elle rouvrit les yeux, sous le choc du seau d’eau qu’on lui jetait au visage pour la réveiller.

« C’est elle, capitaine ? J’l’ai trouvée à l’est. Elle allait s’barrer avec son marmot… »

S’ensuivit un long silence pendant lequel elle essayait tant bien que mal de distinguer les formes qui se tenaient devant elles.

« Un gamin, sérieusement ? lança enfin une voix pleine de dérision. Une voix qu’elle ne connaissait que trop bien...

- Il a quoi… quatre ans ? Me dis pas qu’t’es partie d’la Baie avec un murloc dans l’tiroir… »

Mélina parvint enfin à faire la mise au point et poussa un cri de soulagement quand elle aperçut Noâm devant elle qui la regardait en silence, les yeux grands ouverts. Derrière lui se tenait une silhouette élégante, posant une main paternelle sur sa tête…
La silhouette d’un fantôme. Son fantôme. La même allure souple et féline que dans son souvenir. Le même visage lisse et carré. Le même sourire ironique. Le même regard d’un bleu intense, qui semblait vouloir vous juger et vous séduire à la fois. Le même regard mais porté un seul œil.

« Eylijah, s’étrangla Mélina. Je… je t’en prie, ne fais pas de mal à Noâm. C’est ton…

- ‘tention, ma belle, coupa le borgne, tu vas dire des conneries. T’as pas à t’en faire pour ton marmot. On est des pirates, pas des tueurs d’enfants…

- Je t’en supplie, pardonne-moi… Il ne s’est pas passé un jour sans que…

- Tu r’commences. Arrête Mélina. T’as joué. Plutôt bien, j’dois dire. Mais t’as perdu, asséna-t-il en tirant son sabre au clair. Et puis tu connais la règle… « Ne pardonne aucune offense… » souffla-t-il en enfonçant lentement la large lame de son arme entre les côtes de la jeune femme, dans un craquement atroce. Le sang jaillit, écarlate, de sa bouche et elle s’effondra sur le sol dans un bruit mat, sous les yeux incrédules de son fils.


- Laissez son corps se faire bouffer par les hyènes. On s’arrache.

- Bien capitaine ! »

-
Plus tard, sur le bateau pirate qui remontait les côtes de Kalimdor vers le nord,  deux yeux fixaient le Capitaine Drake. Deux yeux qui n’oublieraient pas. « Ne pardonne aucune offense…. ». Les paroles du pirate résonnaient dans la tête du jeune Noâm, sans qu’il en comprenne encore le sens. Peut-être, par la suite. Dans bien des années…

« Ne pardonne aucune offense…. car aucune offense ne te sera pardonnée. »


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MessageSujet: Re: Les lois de l'anarchie   Les lois de l'anarchie Icon_minitimeVen 7 Juin - 14:19

IV.    De sel, de sang ou de larmes... prends la mer...

Un nouveau chapitre des Lois de l’Anarchie, mettant en scène la jeunesse d’Eylijah

Musique


Les lois de l'anarchie Eyli_j12


Le jeune Eylijah repassa le plan dans sa tête, le cœur battant à tout rompre. C’est aujourd’hui qu’il fallait l’exécuter... L’enflure qui lui tenait lieu de beau-père devenait de plus en plus taré. Hier soir, encore, ivre mort, il avait failli défenestrer Dorian, son petit frère de 4 ans à peine, sous prétexte qu’il faisait trop de bruit…. Et sa mère… Sa mère était trop faible pour faire quoique ce soit.

« Ca lui ouvrira les yeux » se répétait-il comme une prière. C’était aujourd’hui ou jamais, songeait-il en triturant le manche de la dague qu’il cachait dans les replis de sa chemise trop grande. Il s’était mis d’accord avec la voisine qui emmenait Dorian au parc de la Cathédrale pour qu’elle passe plus tôt que d’habitude. Elle l’emmènerait loin d’ici, il n’avait pas besoin d’assister à ça… Et quand il reviendrait, tout serait changé. Ils pourraient commencer une nouvelle vie.. Quitter avec leur mère le quartier du Coupe-Gorge. Hurlevent, peut-être. Et revenir à la Baie, comme au temps lointain où Papa était encore de ce monde….

Il entendit la porte d’en bas claquer. La voisine… il retint son souffle quelques minutes, à l’écoute, avant de percevoir le claquement une nouvelle fois. Ils viennent de sortir. Maintenant… souffla-t-il. Il pénétra dans la chambre de ses parents comme dans un rêve. Affalés sur leur couche, ils écrasaient encore, faisant peu de cas de l’heure avancée, cuvant encore le vin de la veille. Eylijah se posta à côté de l’immonde brute qui les martyrisait tous et sortit sa dague, la pointant juste sous sa gorge. Alors, doucement, sans trembler, le jeune garçon enfonça la lame dans la chair blète. Un spasme et ce gros porc éructa un affreux hurlement étouffé par son propre sang qui lui dévalait dans la gorge. Dans le lit, sa mère se réveilla en sursaut et posa un regard terrible sur son fils. Un regard déformé par la haine et la colère. Un regard qu’il n’oublierait jamais.

« Qu’est-ce que t’as fait ? Espèce de sale petite merde, qu’est-ce que t’as fait ? Raclure !! Qui va ramener à boire, maintenant ? Ton cul, p’têtre ?» siffla-t-elle en s’approchant, menaçante, une bouteille vide à la main.
Non… Maman, fais pas ça… Je… N’approche pas. Maman. NON.

Eylijah resta abasourdi pendant plusieurs minutes. Ou un siècle. Il fixait les deux corps qui se vidaient de leurs fluides sur la couche sale. Le type qu’il avait saigné et sa propre mère. Elle voulait juste lui filer une trempe. Juste une trempe. Il en avait reçu d’autres. Il ne comprenait pourquoi. Ni comment cette lame avait atterri dans le cœur de sa maman. Le jeune garçon cligna à nouveau des yeux sur le chaos qui régnait maintenant dans la pièce, avisant une veilleuse qui achevait de se consumer sur la table de chevet. Il se vit la saisir et la porter au vieux drap tâché de sang qui s’embrasa aussitôt. En l’espace d’un instant, la pièce devint un enfer brûlant et crépitant. Eylijah descendit les escaliers comme un somnambule, avançant à tâtons, toussant et crachant, jusqu’à la sortie.

Il resta là, hébété, tandis que dans la rue, la populace prenait conscience de l’incendie et se hâtait de limiter les dégâts aux maisons qui entouraient le brasier. Pour celle de la Veuve Drake, c’était terminé, en tout cas. Où étaient passé les enfants ? Eylijah se fondit instinctivement dans l’ombre. Il aperçut du coin de l’œil la voisine tenant la main de son jeune frère dont les yeux baignés de larmes contemplaient leur maison en cendre. Tout devait changer à son retour…









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